Les aventures de Moïse

 

35. Moïse passe la main (cinquième partie)

 

« L’avenir de monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour.»
Pierre Dac

Envie n°2 :

Le 6ème siècle avant Jay-Cee fut une sorte de carrefour dans la préhistoire moderne. Il ouvrait sur deux possibles diamétralement opposés. D’une part l’horizon relativement dégagé d’une pensée rationnelle qui laissait entrevoir les prémices d’un « bonheur » à l’échelle humaine – concept ô combien nouveau dans la pensée d’une espèce jusque là brinquebalée de superstitions sanguinolentes en panthéons délirants – et, d’autre part, au détour d’un virage à 180°, un chemin de souffrances et de guerres fratricides tracé, selon les dires supposés de prophètes disparus sans laisser d’adresse, par un dieu jaloux de ses prérogatives arboricoles.
Mon envie de me propulser dans un futur que je situe au minimum à 600 ans à compter d’aujourd’hui provient de ma quasi certitude que dans 600 ans, et à moins que ses conséquences désastreuses sur l’évolution de l’espèce aient mené cette dernière à sa perte corps et biens, le choix malencontreux opéré voici plus de deux millénaires et demi par nos vénérables ancêtres sera en bonne passe de ne plus être qu’un mauvais, très mauvais, souvenir.

Pourquoi 600 ans ?
Les conclusions les plus récentes d’archéologues(1) s’étant longuement penchés sur la question situent la promulgation des statuts définitifs de la SARL Abraham & Fils, également connus sous les appellations de « Torah » ou d’« Ancien Testament », vers – 640, date qui correspond à l’émergence du royaume de Juda (royaume israélite du sud) sous le roi Josias.
Le calendrier que nous imposent les Chrétiens découle de leur volonté de situer le lancement de leur filiale à l’an 000, soit 33 ans avant la mort officielle de celui qu’ils appellent Christ.
C’est en 610 que, lors de sa retraite spirituelle à Hira, dans la montagne de Arafa à la Mecque, que Muhammad, dit Mahomet apprend de l’ange Jibril (l’archange Gabriel de la Bible) qu’il est le prophète chargé du devenir de la seconde et, à ce jour, dernière mouture du mythe abrahamique.
On observe donc un décalage d’environ 600 ans entre les évènements fondateurs des trois religions se réclamant, chacune à leur manière, des enseignements de Moïse.
Dès lors la tentation est grande d’extrapoler sur ce décalage et de voir dans la fanatisation actuelle du courant islamique un pieux remake des grandes heures de l’Inquisition catholique. La diabolisation des femmes adultères iraniennes nous ramène au bon vieux temps des sorcières suppliciées sur les bûchers de nos charmantes bourgades médiévales. L’ingérence grandissante des partis politiques d’obédience coranique dans la conduite des états arabes rappelle à s’y méprendre la mainmise de notre Sainte Mère l’Eglise sur les affaires des défunts royaumes très chrétiens de France, de Navarre et d’ailleurs.
Mais le pire reste à venir. Les historiens chiffrent à près de deux millions, soit un dixième de la population française d’alors, les victimes des violences mais aussi des famines, maladies et disettes engendrées par les huit guerres dites « de religion » qui ravagèrent le pays dans la seconde moitié du 16ème siècle.
16 + 6 = 21. Remplacez « catholiques et protestants » par « chiites et sunnites » et vous comprendrez à quel point la seconde moitié du 21ème siècle risque d’être chaude dans les pays musulmans et alentour, sachant que Dieu se soucie peu des frontières.
Dès lors, à l’aube du 22ème siècle, si le planning abrahamique est respecté, un genre d’édit de Nantes à la sauce islamique a toutes les chances d’être signé, marquant le commencement de la fin de la toute puissance du paramètre religieux sur la pensée d’homo sapiens-sapiens comme les autres, nés comme les autres pour évoluer vers leur humanité.

Cela posé, comme lâcha un jour d’inspiration paroxystique un de nos politiciens contemporains parmi les plus versés dans l’art de parler pour ne rien dire, « il faut donner du temps au temps ». Doux euphémisme quand on fait le décompte des pèlerins en goguette massés de nos jours encore sur la place St Pierre à l’occasion d’un quelconque festival «urbi, orbi, i tutti quanti » de El Bénito et ses Pantoufles Roses, 450 ans après le massacre de la St Barthélémy. Notons toutefois qu’on se trouve là plus dans le domaine du folklore que de la célébration d’un culte désuet qui, comme nous l’avons vu plus haut, a depuis longtemps déjà et pour les raisons que l’on sait, passé le relais à celui de l’Argent-Roi.

Notons également que les tremblotements de vieillard qui agitent actuellement une poignée de néo croisés ne sont qu’une réaction d’ordre épidermique à la présence de plus en plus marquée d’une foi concurrente plus jeune et d’autant plus vigoureuse sur leur pré carré. Il suffira que quelques siècles aient apaisé les ardeurs juvéniles des uns pour que s’éteignent les sénilités allergiques des autres.

Plus que 600 ans à se faire chier.

 

 

(1)Voir ici Moïse lave plus blanc

 

(à suivre: Moïse passe la main (suite et fin))

 

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Les aventures de Moïse

 

34. Moïse passe la main ( quatrième partie)

 

Si je vous disais que j’hésite entre l’envie d’être 2400 ans plus jeune et celle d’être 600 ans (disons 1000 pour ne pas prendre de risques inutiles) plus vieux ?

Entre l’envie de retourner au Lycée (Lúkeion = école philosophique fondée par Aristote en 335 avant qui-vous-savez) histoire de voir avec le prof si on ne pourrait pas envisager quelques retouches à sa vision de la Cité idéale et celle de vivre dans un monde enfin sorti de son interminable parenthèse abrahamique, génératrice de mal-être et de violence sociale.

Envie 1 :

Sauf le respect et la considération que j’ai pour papy Aristote ainsi que pour Platon, Socrate et leurs précurseurs de la colonie grecque ionienne de Milet (1) qui, trois siècles plus tôt, avaient jeté les bases d’une pensée enfin débarrassée de son joug mystico-mythologique pour accorder à l’homo sapiens–sapiens le droit plein et entier de s’occuper de ses propres affaires, il m’apparait toutefois nécessaire de remonter dans le temps pour proposer à tous ces braves gens de bien vouloir remettre en cause un principe que, jusqu’ici, nous n’avions trouvé exprimé – avec ô combien de vigueur et d’insistance – que dans les statuts de la SARL Abraham & Fils : la domination systématique des uns sur les autres ou « hiérarchie ».
N’est-il pas troublant de constater qu’au fil de ses recherches incessantes en vue d’établir une Cité juste, susceptible de fournir aux citoyens ni plus ni moins que les clés du « bonheur », Aristote ait cru bon de lâcher une énormité comme :

« Ceux qui sont aussi éloignés des hommes libres que le corps l’est de l’âme, ou la bête de l’homme (et sont ainsi faits ceux dont l’activité consiste à se servir de leur corps, et dont c’est le meilleur parti qu’on puisse tirer), ceux-là sont par nature des esclaves »(2)

Troublant et terriblement décevant. Ah oui ! Remonter le temps et secouer les puces du sage parmi les sages ! Lui demander à quoi bon affranchir l’apprenti humain de ses superstitions obscurantistes, expliquer aux apprentis citoyens que l’accumulation des richesses sur une poignée de compte en banques est le moyen le plus sûr de courir à la ruine de tous, leur proposer une forme de gestion de la Cité dans laquelle le peuple s’y retrouve plus ou moins (même si, sur ce point justement il y a pas mal à discuter), en gros à quoi bon donner à ses semblables les moyens de faire un pas gigantesque sur le chemin de leur évolution si en même temps on leur attache les pieds ?
Franchement – comme dirait Nico l’Asticot – qu’est-ce que c’est que cette histoire d’esclavage, papy ? Je dirais bien que c’est du même tonneau que tes certitudes concernant la gravitation du soleil autour de la Terre ! Un soleil esclave autour d’une Terre libre, peut-être ?
Comme quoi on peut s’appeler Aristote et être capable de dérailler complètement quand l’occasion se présente.

D’un autre côté, ceci explique peut-être cela. Ce parti pris, incroyablement archaïque pour un esprit aussi novateur, d’une nécessaire soumission d’une catégorie de la population à une autre ne serait-il pas à l’origine de l’impossibilité pour Aristote de concevoir une gestion de la Cité autre que « cratique » ? C’est de cela que j’aimerais pouvoir m’entretenir avec le fondateur de l’école péripatéticienne. Son raisonnement, selon lequel la démocratie serait la forme de gouvernement la « moins pire » de toutes, omet tout simplement de prendre en compte la possibilité d’une gestion de la Cité dont toute forme de gouvernement serait exclue. « Gouvernement » dans le sens de « pouvoir » donné à une pseudo élite, élue ou pas, sur l’ensemble des citoyens.

Une fois l’argent débarrassé de son statut d’ersatz de clé du bonheur individuel par accumulation et replacé dans sa fonction originelle de moyen d’échange entre producteurs de richesses réelles nécessaires à la survie de l’espèce, est-il à ce point irréaliste d’imaginer une société capable de s’organiser de façon à pourvoir à ses besoins sans en passer par la dominance physique et morale d’une caste dirigeante quelle qu’elle soit ?
C’est la question qu’une banale machine à remonter le temps me permettrait de poser à celui qui, par son amour de la sagesse et malgré quelques errances regrettables sur le sujet épineux de la nature humaine autant qu’en astrophysique élémentaire, participa largement à l’émancipation de ses semblables ainsi qu’à leur recherche du Beau sur lequel il fondait à juste titre le seul véritable bonheur vers lequel ils puissent tendre et, ce faisant, évoluer vers leur humanité.

 

 

(1)Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque, Paris, CNRS, collection « Mythes et religions », 1962 ; 10e édition : Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2007

(2)La politique, L. I, ch. V, trad. Pierre Pellegrin, Les Intégrales de philo Nathan

 

(à suivre : Moïse passe la main (5ème partie))

 

 

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33. Moïse passe la main (troisième partie)

 

« Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance. »
Henri Laborit

En tout état de cause (et belle soirée à vous), faire passer, en moins de trois millénaires, l’homme préhistorique moderne d’un système socio-économique basé sur la domination imposée par une infime minorité de l’espèce sur le reste (prêtres rois des Sumériens(1)) à un système de soumission volontaire de l’immense majorité de l’espèce à elle-même à travers une infime minorité de ses membres était une gageure !
D’autant que, à peine la SARL Abraham & Fils avait-elle commencé à mener le projet à bien, qu’une poignée de trublions grecs (Platon, Aristote et leurs suiveurs sur Twitter), insensibles aux charmes d’un dieu électeur d’un peuple chargé de la traite des étrangers jusqu’à plus soif, inventaient un mot qui, sous sa forme latine bizarrement, allait faire son chemin dans la préhistoire moderne: res publica, la « cause publique ». Pour la première fois depuis l’invention de l’écriture, la « République » (Politeia) de Platon et surtout le « Politique » (Politike) d’Aristote ouvraient sur une réflexion d’ordre philosophique autant que pratique portant sur la façon de faire tourner la Cité la plus apte à satisfaire les besoins matériels du citoyen mais avant toute chose, satisfaire son aspiration légitime au bonheur. Un bonheur terrestre, ici et maintenant, qui n’avait que faire des promesses du paradis post-mortem promis par la dernière religion à la mode.
Heureusement pour l’abrahamisme et son intangible principe de domination de l’homme sur l’homme, au terme d’un passage en revue de tous les systèmes de gestion propres, selon lui, à conduire la Cité vers la plénitude physique et morale de ses membres, le pauvre Aristote – trop jeune dans la préhistoire humaine pour concevoir une société non soumise à un quelconque système hiérarchique – en arriva à opter pour celui qu’il jugeait être « le moins corrompu », savoir : la démocratie.

                                                                                                                                              (3)

Corruption ! Le mot est lâché. Si, dans l’esprit d’Aristote, la démocratie était une forme corrompue de gouvernement constitutionnel mais qui, tout bien pesé, représentait un pis aller acceptable dans la mesure où elle « vise le bien des gens modestes », que penser du «libéralisme » évoqué plus haut qui, lui, peut être considéré comme une corruption intégrale de la démocratie, en tant qu’il s’appuie sur la notion de liberté individuelle, plus ou moins induite par l’idée de démocratie, pour nuire au bien des gens modestes ? Et ici le mot « corruption » doit être pris dans son acception  la plus tristement courante par les temps qui courent: la corruption par l’argent, résultante inévitable d’une « chrématistique »(4) contre laquelle Aristote, toujours lui, nous avait maintes et maintes fois mis en garde.
Mis en garde, certes, mais pas expliqué comment nous prémunir de ses effets dévastateurs. Cela pour la simple raison qu’il ne le savait pas lui-même.
Bien qu’auteur d’une assertion telle que :
« …Or il est ridicule d’accuser les objets extérieurs plutôt que de s’en prendre à soi-même de la facilité que l’on a à s’en laisser séduire. »(5)
…ce sage entre les sages, inventeur du raisonnement logique, avait, semble-t-il, omis d’envisager que « la facilité » avec laquelle le citoyen moyen se montre capable de transformer un moyen d’échange bien pratique en une entité cumulable à l’infini ressort directement de la « séduction » qu’exerce sur lui l’idée d’être en mesure, par ce biais, d’écraser son voisin.

A la décharge du dieu de Moïse qui, après tout, et contrairement au principe de culpabilité, ne l’a pas inventé mais s’est contenté d’en tirer une loi à laquelle tout croyant se doit de se soumettre corps et âme, le principe de domination de l’homme par l’homme remonte à la toute petite enfance de l’espèce, époque à laquelle, selon nos éminents paléontologues, au fond des cavernes sombres et glacées, la plus grosse massue réglait, en quelques moulinets dissuasifs et plus si affinités, les problèmes de préséance à même de se poser entre survivants temporaires de prédateurs toujours à l’affût, autour de la carcasse encore fumante de quelque urus malchanceux.
S’il manquait à la logique aristotélicienne disons deux millénaires et demi de culture abrahamique pour comprendre avec H. Laborit que notre cerveau reptilien, malgré la mise au pas de nos prédateurs attitrés (que d’aucuns en sont à désirer réintroduire pour le fun) et les progrès plus que formidables de la science en ce qui concerne la satisfaction des besoins vitaux de l’homo sapiens-sapiens, continue de plus belle à régir notre comportement sociétal, ne sommes-nous pas, nous, bipèdes pensants et agissants du 21ème siècle en majorité pleinement conscients de ces nouveaux paramètres, en mesure de ne « nous en prendre qu’à nous-mêmes » ? Nous qui continuons, alors que les motifs d’un tel comportement ont quasiment disparu, à vivre sous le régime de la domination des uns sur les autres.

Sommes-nous aveugles au point de ne pas voir que le culte de l’argent, ce monothéisme libéral en train de se substituer à celui qui lui a servi de rampe de lancement est, de fait, celui du pouvoir ?
Abrutis par les séries américaines au point de ne pas comprendre que l’argent qui, après un détour par l’épée et la kalachnikov, a finalement remplacé la massue de pépé Cro-Magnon, n’est qu’un dieu secondaire, au service d’une chimère si profondément ancrée dans nos gènes qu’on pourrait – à tort selon l’utopiste que je me réjouis d’être – la croire instinctuelle : la toute-puissante déesse «Dominance »?
Et que, en fin de compte (« au final » diraient les crétins à la mode) la démocratie (krátos = « pouvoir »), même animée des meilleures intentions du monde, est hélas, ne serait-ce que par les aberrations qu’elle engendre,  le dernier avatar en date de cette obsession venue du fond des âges?

 

 

(1) « Eloge de la fuite »
(2) « L’histoire commence à Sumer », S.N. Kramer
(3)  source Wikipédia
(4)   Moïse pète sa crise (3) ?
(5)  « Éthique à Nicomaque », III

 

(à suivre : Moïse passe la main (4ème partie))

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32. Moïse passe la main (deuxième partie)

 

 

« Les mots, les mots, on a beau les connaître depuis son enfance, on ne sait pas ce que c’est. »
Henri Barbusse

 

 

Le gratin de l’étymologie hexagonale (1) (2) s’accorde à faire dériver le terme « capitalisme » du latin «caput», « la tête », savoir : la tête de bétail (le cheptel). La trouvaille bien pratique de la transmutation quasi alchimique du bétail en argent remonte, on l’a vu (3), au dieu de Moïse qui, tant qu’à faire, en profite pour mettre son « peuple élu » au parfum des avantages, en termes de « domination » sur l’ « étranger », du prêt à intérêt. L’évangéliste Matthieu pour sa part enseigne au chrétien comme il faut la nécessité, toute parabolique bien sûr, de la spéculation bancaire (4). Mahomet, 600 ans plus tard, se contente d’enjoindre le « pieux » mourant de ne pas négliger d’établir un testament en bonne et due forme (5), des fois que le patrimoine familial disparaisse sous la tente du voisin. Il est donc inutile de revenir une fois encore sur la place occupée dans la culture abrahamique par le concept de « capital » ni sur les diverses techniques visant à son accumulation aux siècles des siècles, ou « capitalisme » (6).
D’autre part, Marx, Engels et consorts ayant déjà lâché pas mal d’infos passionnantes sur l’évolution des dites techniques à travers les âges jusqu’à atteindre les sommets que l’on sait, il n’est évidemment pas question que je me risque à marcher sur leurs savantes plates bandes. D’abord je suis nul en mécanique – éconofumiste ou autre- mais surtout je suis un garçon épris de modernité et force est de constater qu’en ces temps libéraux d’économie de marché, personne ne parle plus de « capitalisme », même si personne n’en a jamais appliqué les principes avec autant de conscience et d’acharnement.
C’est que, depuis une trentaine d’années, le siècle des Lumières nous fait un genre de remontée gastrique, voyez-vous ! Contrairement à la divinité tutélaire de la SARL Abraham & Fils, le dieu Pépète ne s’intéresse pas à la mécanique mais à la PHILOSOPHIE !!! Et c’est une bonne chose parce que l’homo sapiens-sapiens de base, il peinait grave à comprendre pourquoi, maintenant qu’il commence (ô bien timidement, certes, vu que nos amis musulmans se doivent de croître et multiplier un max pour qu’il reste quelques survivants au terme des 600 ans de guerres fratricides qu’ils ont  en retard sur nos amis chrétiens) ( qui pour ne pas être submergés, nous pondent filiales créationnistes sur filiales polygamistes) ( heureusement que nos amis juifs, tenus par leur devoir de pas se mélanger à la racaille s’en tiennent bon an mal an à leur 0,1% planétaire, toutes tribus confondues) à se méfier des préceptes politico-économiques divins, les riches doivent absolument continuer à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir.
Eh bien je te le donne en mille, Emile ! C’est AU NOM DE LA LIBERTE !!!
« Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain, fût-il le peuple.»(6)
On peut considérer cette définition comme une synthèse assez correcte des milliards d’approches tentées de droite et de gauche en vue de donner un sens exact à ce vocable fourre-tout apparu en 1818 sous la plume d’un certain Maine de Biran (mes compliments à ses ayant-droits), entré dans le Dictionnaire universel de la langue française dès 1823 et aussitôt repris en chœur par Voltaire, Rousseau et leurs lumineux compères dans leur lutte contre l’absolutisme étatique.
C’était le bon temps. Contre les errances d’un monarque accroché au bastingage de ses privilèges malmenés et un clergé qui l’encourageait à tenir bon la barre, la cause semblait plus que justifiée. Aujourd’hui au contraire, il faut avoir vidé le bar, fumé la moquette et débouché son troisième tube de Lexomil pour accorder le moindre crédit à la pensée dite «libérale » en matière de défense de la liberté citoyenne. A propos de liberté il faudra que je vous parle un jour de mon étonnement emprunt de consternation d’avoir assisté de mon vivant au subtil glissement vers la forme plurielle d’un mot qui n’a de sens qu’au singulier. «Les » libertés !!! Pourquoi pas « les vies », « les morts » ?

Mais revenons au libéralisme qui « affirme la primauté des principes de liberté sur l’autorité du souverain ».
Sachant qu’une démocratie est un « régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté » nous ne pouvons qu’en conclure, comme la définition citée plus haut nous encourage à le faire, que la pensée libérale est une négation absolue de la démocratie.
Oui et non, me direz-vous, parce que quand il s’agit de se servir des moyens de contrainte étatique (police, justice, voire forces armées) pour garantir leur soi-disant « liberté économique » contre ces voyous de travailleurs qui osent manifester un peu trop bruyamment leur désespoir de voir leurs protections sociales, sinon leur gagne-pain tout court, sacrifiés sur l’autel de sacrosaintes « prises de bénéfice », les « libéraux » de tout poil, à droite comme à gauche n’hésitent pas une seconde.

A croire qu’à la névrose collective source de toute religion vient s’ajouter, concernant la célébration du culte de l’Argent, une bonne vieille dose de schizophrénie galopante.

 

 

(1) in L’Enfer, 1908
(2) Dictionnaire historique de la langue française, édité par Alain Rey, Dictionnaire Le Robert, Paris, 1992
(3) Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition 1995-2005.
(4) cf Moïse lave plus blanc.(1)
(5) cf Moïse et la dette souveraine.
(6) cf  Moïse lave plus blanc.(4)
(7) cf  Moïse, ministre de l’éducation nationale. (5)
(8) source Wikipedia

 

(à suivre: Moïse passe la main (3ème partie))

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31. Moïse passe la main (première partie)

 

« Le capitalisme est la célébration d’un culte sans trêve et sans merci. Il n’y a pas de “jours ordinaires”, pas de jour qui ne soit jour de fête, dans le sens terrible du déploiement de la pompe sacrée, de l’extrême tension qui habite l’adorateur. »
Walter Benjamin, «Le capitalisme comme religion», 1921 (1)

 

S’inspirant des travaux de Max Weber qui, quelques années plus tôt, avait mis au jour les origines religieuses du capitalisme (2), Benjamin va ici beaucoup plus loin que son aîné sociologue. Presqu’aussi loin que G. Landauer qu’il ne semble pas avoir omis de lire attentivement :
« Qui est-ce qui ne voit pas, qui ne voit pas encore aujourd’hui, que l’argent, que le Dieu n’est pas autre chose qu’un esprit issu des êtres humains, un esprit devenu une chose (Ding) vivante, un monstre (Unding), et qu’il est le sens (Sinn) devenu fou (Unsinn) de notre vie ? L’argent ne crée pas de richesse, il est la richesse ; il est la richesse en soi ; il n’y a pas d’autre riche que l’argent. »(3)
Si on peut affirmer sans prendre trop de risques que ces esprits ô combien éclairés avaient eu tout loisir de parcourir le chef d’œuvre de Mary Shelley publié en 1818, «Frankenstein ou le Prométhée moderne », dans lequel la monstrueuse invention d’un savant par trop imprudent finit par lui échapper au point de causer sa perte irrémédiable, il est non moins irréfutable qu’il leur manquait à tous trois au moins un siècle pour être en mesure de disserter sur l’application à la socio théologie de l’un des fleurons de la technique préhistorique moderne dont les accros au Malabar sont invités à explorer aujourd’hui, avec un ravissement chaque fois renouvelé, les possibilités infinies. Nos chères têtes blondes et aux quenottes subséquemment en voie de « dégradation progressive de l’émail et de la dentine, aboutissant à la formation d’une cavité grandissante» (le Petit Larousse) auront compris avant tout le monde c’est de quoi que je veux m’essprimer ici, en tout état de cause s’entend.

Ô Décalcomanie ! Cul tété sans toi le devenir pourtant plus qu’improbable au départ de la SARL Abraham & Fils ?

« Appliquer le tattoo sur la peau ou sur le support. Chauffer 20 s avec la paume de la main. Décoller lentement le papier. »(4)
Le « tattoo » abrahamique, on l’a vu, toutes contradictions résolues et simplifications effectuées, se résume à deux inscriptions dont l’indélébile débilité n’a de cesse de chercher à saper toute espérance évolutionniste :
1-    Tu te sentiras coupable d’être toi.
2-    Tu respecteras la loi du plus fort et, tant qu’à faire, glorifieras ton créateur en tâchant de toujours te trouver du bon côté du manche.

Pour ce qui est de « chauffer 20 s » il me revient en mémoire un vieux dicton dont l’élégance discutable ne nuit en rien à la justesse du raisonnement qui l’engendra : « Plus c’est long, plus c’est bon. ». Deux millénaires et demi me paraissent un temps de chauffe sur lequel on peut s’appuyer, de la paume ou de toute autre partie charnue composant l’anatomie du croyant moyen, en vue d’une décalcomanie réussie.

La phase finale du procédé décalcomaniaque, savoir : « Décoller lentement le papier » ne nécessite aucun effort particulier, surtout transposée en territoire abrahamique. « Décoller lentement Dieu et ses prophètes divers et variés » ? Facile! Il n’est que de se livrer à l’interminable décompte des crimes contre l’humanité perpétrés au nom de ces joyeux lurons pour comprendre, en partie, pourquoi la poussière et les toiles d’araignées d’un silence lénifiant sinon réparateur s’en viennent à juste titre et sans regret recouvrir les névroses obsessionnelles de leurs scribes.
En partie seulement. Pour le reste, et c’est bien là le problème, la croissance exponentielle de l’athéisme dans le monde – et de sa version soft, l’agnosticisme (on n’est jamais trop prudent !) – n’est que poudre aux yeux et glissement de terrain. Rares sont les «non-croyants » qui ne portent pas sur leurs augustes fronts, soi-disant affranchis du joug monothéiste, les stigmates d’un mode de pensée qui lui est indissociable. Une fois le «papier » qui la recouvrait décollé, l’inscription peut enfin apparaître et, délestée de son carcan de croyances de moins en moins adaptées au monde qui nous entoure, se hisser au firmament de sa gloire morbide.

En vérité je vous le dis : qu’importe le flacon ! Livres prétendument sacrés ou comptes bancaires… Synagogues, églises, mosquées ou bourses de Wall Street et d’ailleurs…Pourvu qu’on ait l’ivresse ! L’ivresse du pouvoir, de la domination des riches sur les pauvres, des faux prêteurs sur les vrais endettés.
A condition, bien entendu, que les seconds continuent à se sentir coupables de ne pas être aussi riches que les premiers et croient devoir quoi que ce soit aux inénarrables sangsues qui les malmènent en toute bonne…foi ?

Un petit chewing-gum ?

 

(1)    in Fragments philosophiques, politiques, critiques, littéraires, édités par R.Tiedemann et H.Schwepenhäuser, Traduit de l’allemand par Christophe Jouanlanne et Jean-François Poirier, Paris, PUF, 2000, pp. 111-113.
(2)    Max Weber, « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme ».
(3)    Gustav Landauer, Aufruf zum Sozialismus, Berlin, Paul Cassirer, 1919, p. 144.
(4)    Instructions aimablement fournies par : Service Consommateurs MALABAR – BP 1320, 41013 BLOIS CEDEX

 

(à suivre : Moïse passe la main (2ème partie))

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Les aventures de Moïse

 

30. Moïse, ministre de l’éducation nationale (suite et fin)

 

 

« Franchement, on est un grand pays moderne.»

N. Sarkozy (1)

 

Comme dirait notre leader bien-aimé, longue vie à lui et à Talbin, son âne, « les mots ont un sens » (1). « Autonomie », par exemple. Du grec autos (« soi-même »)et nomos (« règle ») l’autonomie est « la faculté d’agir par soi-même en se donnant ses propres règles de conduite, sa propre loi ».

A en croire le dictionnaire des synonymes selon lequel « autonomie » équivaut à « liberté », force est d’admettre qu’entre l’an 1949 de notre ère, date à laquelle fut créée la RATP ( Régie AUTONOME des Transports Parisiens) afin de transférer au domaine public la propriété et la gestion de « l’ensemble des moyens de transport souterrains et de surface de Paris et de sa banlieue » qui, jusqu’alors, étaient du ressort d’entreprises privées, la « liberté » a bel et bien changé de camp.

En effet qu’est-ce  que – pardon, amis causeurs dans le poste, je voulais dire « c’est quoi »- cette « loi d’autonomie des universités » dont le gouvernement nous rebat les oreilles, y voyant là une des plus grandes réussites de son quinquennat (sic) …sinon le contraire exact de celle qui avait engendré la RATP ? Savoir : la pure et simple privatisation des facs en dotant chacune d’entre elles d’un conseil d’administration au sein duquel les capitaux privés – au moins en cela peut-on leur faire confiance – ne se contenteront pas longtemps des 30% décisionnaires pour l’instant à eux octroyés.

Autres temps, autres mœurs ! Exit les principes républicains qui faisaient de l’Etat le garant de la liberté des citoyens. Aujourd’hui, pour être enfin « autonomes », l’enseignement supérieur ET la recherche doivent se soumettre aux besoins d’entreprises souvent multinationales uniquement guidées par le profit. Est ici  administrée la dernière piqûre de rappel d’une éducation entièrement vouée à la domination des uns par l’argent des autres. Voici que, sous les coups dévastateurs d’une embrouille lexicale qui n’est pas sans rappeler l’usage dévoyé du mot « libéralisme », tombe un des derniers bastions de nos chances d’évolution, sinon de notre survie tout court.

 

« L’autonomie n’est pas une fin en soi, c’est un moyen de refonder l’université française autour de trois maîtres mots : la réussite, pour les étudiants ; l’excellence, pour les enseignants-chercheurs ; l’innovation, pour la société française dans son ensemble.« (2)

Trois « maîtres mots » ou trois « traîtres mots, sommes-nous, hélas, en droit de nous demander après le coup de l’ « autonomie ».

-          Concernant un étudiant, qu’est-ce que (en patois ministériel : « c’est quoi ») la « réussite » ?

A cette question, Socrate nous répondrait que, quelle que soit la matière choisie, à travers elle la finalité de toute étude est la connaissance de soi et des autres. Avancer dans cette connaissance, c’est faire progresser l’homo sapiens-sapiens vers son humanité. Pour un étudiant, le moindre centimètre gagné dans cette direction est, de ce fait, une réussite en soi. Pourtant j’ai bien peur que, dans l’esprit de Mme la Ministre comme dans celui de toute créature préhistorique moderne nourrie au lait abrahamique de la domination par l’argent, il s’agisse de toute autre chose. Quelque chose de laquelle une gestion mercantile du savoir avec, à la clé, la (soi-disant) certitude de se voir offrir une place au soleil sur la plage des pingouins titulaires d’Audi A4, 5, 6, 7 ou8 selon la taille de la cravate, nous rapprocherait au fil des diplômes obtenus…

 

-          Passons à « l’excellence » promise aux enseignants-chercheurs: si le Larousse définit l’excellence comme un « degré éminent de qualité, de valeur de quelqu’un, de quelque chose dans son genre », l’excellent Pascal Maillard(3) nous propose une approche quelque peu différente de ce terme lorsque cuisiné à la sauce « moderne » de bien aimé notre leader, longue vie à lui et à Talbin, son âne :

« L’excellence, avant d’être un projet politique pensé par et pour le service public, conçu dans l’intérêt général, est l’idéologie d’un capitalisme financier et de ce nouveau libéralisme autoritaire qu’incarne Nicolas Sarkozy… L’excellence est le mot par lequel il privatise en ce moment même la science française avant d’opérer demain la privatisation de la Sécurité Sociale. Le président ne défend pas, n’a jamais défendu, l’intérêt général. Il défend des intérêts strictement économiques, et plus précisément les intérêts d’un secteur privé essentiellement limité aux grands groupes industriels et financiers. Le sujet est effectivement, comme il le dit lui même, «considérable». Les profits des entreprises et des actionnaires ne le seront pas moins.»

Comme quoi Socrate n’avait, une fois de plus, rien compris aux choses de la vie. Ah ! Si seulement on avait laissé notre bien aimé leader traduire lui-même du grec ancien la pensée confuse de ce vieux bavard, on en serait pas à rouler des yeux incrédules devant des inepties du genre :

« Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres »(5)

 

-          Last but not least, « l‘innovation, pour la société française dans son ensemble ». Petit Larousse, voudrais-tu bien nous éclairer une fois encore ?

Innovation : « Processus d’influence qui conduit au changement social et dont l’effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles. »

Rien que ça! Et pourquoi tant de haine des normes sociales existantes, Nicocacolas?

« Nous n’avons pas en France cette culture qui fait que pour un chef d’entreprise américain ou allemand, la recherche est une source de création de richesse et de croissance. »(6)

 

D’aaaaccord, mec! La loi sur l’autonomie des universités est « innovante » dans la mesure où, grâce à elle, l’universitaire nouveau va enfin pouvoir se défaire de son rôle d’éternel boulet de l’économie française, de chômeur par nature accroché aux basques de citoyens responsables qui, eux, ne passent pas leur temps à se poser des questions stériles sur d’où ils viennent, qui ils sont et, encore plus con, où ils vont. L’universitaire nouveau, il va arrêter de penser à des trucs qui font mal à la tête et se mettre bien gentiment au charbon.

En résumé, l’universitaire nouveau, il va aider son pays à fabriquer plus de cochonneries qui pourrissent la planète, plus de médicaments qui rendent malades, plus d’armes qui tuent plus de monde à la fois, en gros plus de n’importe quoi à condition que ça se vende.

 

Ou bien faudra-t-il qu’on lui essplique encore une fois c’est comment qu’il a fini, Socrate ?

 

 

 

(1) N. Sarkosy, leader penta quinquennal, Discours à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation, Palais de l’Élysée — Jeudi 22 janvier 2009

(2)N. Sarkozy, éminent linguiste, lors de sa visite de l’usine Plastic Omnium, à Sainte-Julie dans l’Ain, fév 2009.

(3) Pascal Maillard, 17 Février 2011, source Médiapart

(4)Valérie Pécresse, discours devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (15 juillet 2009).

(5) Critique of Socrates: The Great Philospher , Viram, traduction de Carolune.

(6) cf (1)

 

 

(à suivre : Moïse passe la main )

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Les aventures de Moïse

 

29. Moïse, ministre de l’éducation nationale (cinquième partie)

 

 

Avec ses 574 entrées pour le substantif « bien » et 394 pour celui de « mal », on peut considérer la Bible (Ancien et Nouveau Testaments confondus) comme un des « all time bestsellers » les plus préoccupés de « morale » (du latin moralitas, « façon, caractère, comportement approprié »). Bizarrement toutefois, c’est suite au non-respect du divin interdit de goûter au fruit qui permettait de distinguer l’un de l’autre qu’Adam et Eve furent aussitôt expulsés du jardin d’Eden avec, pour faire bonne mesure, l’obligation de passer l’arme à gauche au terme d’une vie de dur labeur :

Genèse 2.17

« …mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »

Mais passons sur la première des innombrables contradictions qui émaillent les statuts de la SARL Abraham & Fils pour nous intéresser ici au 104 entrées bibliques du mot « biens » que seule la désinence plurielle différencie de son illustre racine.

Sur le sens à donner à ce quasi homonyme, il n’est que de comparer l’un à l’autre les versets :

Genèse 13:6

« Et la contrée était insuffisante pour qu’ils demeurassent ensemble, car leurs biens étaient si considérables qu’ils ne pouvaient demeurer ensemble. »

…et:

Genèse 36:7

« Car leurs richesses étaient trop considérables pour qu’ils demeurassent ensemble… »

…pour ne pas hésiter une seconde. L’indispensable mathématicien de service pourrait même additionner les 80 entrées de « richesses » à celles de « biens » pour obtenir un score des plus significatifs quant à l’importance accordée par Yahvé et ses zélateurs à la matérialité des choses.

Si les Juifs et les Chrétiens (avec, pour ces derniers, une bonne dose d’hypocrisie supplémentaire, au moins jusqu’à l’avènement du calvinisme qui réhabilite le principe du prêt à intérêt prétendument combattu par l’Eglise) montrent bien peu d’empressement à se torcher avec les coins de mur, les sympathiques injonctions du prophète de la seconde filiale d’Abraham & Fils ne laissent aucun doute (tout en affirmant haut et fort, comme Jésus et ses potes, qu’ils ne les « emporteront pas au paradis » -ah ces bonnes vieilles expressions archétypales !-) sur le « devoir » imposé aux musulmans de ne pas jeter leurs « biens » par les fenêtres :

Coran [2:180] La vache (Al-Baqarah) :

« On vous a prescrit, quand la mort est proche de l’un de vous et s’il laisse des biens, de faire un testament en règle en faveur de ses père et mère et de ses plus proches. C’est un devoir pour les pieux. »

 

Partant, est-ce trop « simplifier », puisque c’est le reproche qui m’est souvent fait, de dire que, tout en faisant vœu de pauvreté à tous les coins de rue, la culture abrahamique établit plus souvent qu’à son tour un rapport d’équivalence marqué entre LE « bien », notion morale s’opposant à celle de « mal », et LES « biens de ce monde » ?

Si oui, alors ce chapitre est trop simplistement intitulé Moïse, ministre de l’éduction nationale et c’est trop simplifier les choses de prétendre que, depuis 2400 ans, les malheureux homo sapiens-sapiens se voient transmettre par leurs rabbis, ulémas et autres maîtres de chapelle, la double certitude a) de glorifier leur dieu à travers un enrichissement personnel presque toujours obtenu – selon le principe scientifique des vases communicants- par l’appauvrissement du voisin et, en retour, b) de faire le lit du « mal » en se livrant au péché d’indigence.

Milles excuses donc et, puisque cela vous rassure, continuons à ramer dans le compliqué. Mais aussi « démocratiquement » que possible alors ! Par exemple, à l’occasion des prochaines élections législatives, encourageons fermement de misérables pécheurs de smicards ou assimilés à expier leur péché de pauvreté en octroyant par leurs votes et pour 5 ans renouvelables : un salaire de 5126 euros net d’impôts + une indemnité représentative de frais de mandat de 6 223 euros, non imposable + un crédit affecté à la rémunération des collaborateurs de 8 859 euros = 20 208 euros mensuels(1) à leurs politichiens préférés, ne serait-ce que pour que ces héros préhistoriques modernes aient le trou-de-balle bien propre quand ils s’en vont renifler les bourses de leurs maîtres financiers.

Au prix du beurre, ce n’est pas grand-chose, me direz-vous. Heureusement que, toujours par exemple, en janvier 2007, pour se payer un peu de sens-bon, sur les 577 députés en place, 439 possédaient un autre mandat (maire, conseiller général ou régional) et 80 en possédaient deux autres.

 

Au vu de ces chiffres, qui après tout ne sont que des chiffres, et si je ne craignais pas de relapser dans ma sursimplisterie, je me laisserais bien aller à constater que la volonté divine qu’il y ait des riches pour pouvoir aider les pauvres (sic) est appliquée à la lettre, en tout état de cause et belle soirée à vous, sur les bancs de notre incorruptible Assemblée Nationale.

Il ne manquerait plus que les législateurs de la République inviolable et sacrée, émanation de « l’Être Suprême  » si cher à Robespierre ne respectassent point la morale !

 

 

(1) sources: site internet de l’Assemblée nationale, juillet 2008

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (suite et fin))

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Les aventures de Moïse

 

28. Moïse, ministre de l’éducation nationale (quatrième partie)

 

-          Maîtresse, ils sont où, papa et maman ?

-          En train de gagner de l’argent.

-          Pourquoi faire ?

-          Entre autres pour te permettre d’aller à l’école laïque et obligatoire.

-          Pourquoi faire ?

-          Pour obtenir de meilleures notes que tes camarades et ainsi gagner plus d’argent qu’eux quand tu auras du poil au menton, tête de veau ! Mais trêve de bavardage, ce matin, leçon de mathématiques, la matière la plus importante comme vous le savez. Sortez vos cahiers et écrivez : sur les 24 heures à eux imparties par la pendule du salon et sachant que 8 heures de travail + 1 heure de pause-déjeuner + 2 heures de transport + 3 heures de télé(1)= 14 heures et que les enfants ont besoin de 10 heures de sommeil, combien de temps quotidien reste-il aux parents pour s’acquitter de leur tâche de parents ?

-          C’est quoi la tâche des parents, maîtresse ?

-          De ne pas dire « c’est quoi » devant leurs enfants, sachant que, en tout état de cause et belle soirée à vous, ils se mettront à leur tour à parler comme des cochons et, accessoirement, comme dit Claude Halmos (2), de les « initier à la loi humaine qui permet de vivre en société ».

-     Maîtresse, y a Britney, elle dit que ses parents à elle ils sont au chômage et donc…

-          Britney !!! Tu me copieras cent fois : «  Je ne dois pas prononcer de mots malpolis en classe ». Quant à tes feignants de parents, ils devraient avoir honte d’obliger les autres parents à faire des heures supplémentaires pour financer leurs tristes allocations d’encouragement à vivre aux crochets de la société. A propos ce n’est pas la peine de venir rôder du côté de la cantine ce midi. Notre leader bien aimé – longue vie à lui et à Talbin, son âne vénéré – a pris la décision sage autant que courageuse de ne plus nourrir les enfants de chôm…

-          Maîtresse !!!

-          Oh, excusez-moi, mes chers petits! La colère et l’indignation ont bien failli me faire lâcher à mon tour ce mot obscène !

 

Bien sûr que cette modeste scénette de la vie scolaire est un nouveau pur délire de ma part et que toute ressemblance avec des personnages ou des situations existants ou ayant existé….

Bien sûr qu’il reste les weekends pour permettre aux parents de partager avec leurs rejetons les joies de la vie de famille tout en les « initiant à la loi humaine qui permet de vivre en société ». Par exemple leur apprendre à remplir un chariot à Tcharfour, de le pousser de rayon en rayon sans faire exprès de heurter ceux des autres avant de poireauter aux caisses pendant une demi-plombe sans réclamer le paquet de bonbecs disposé en évidence sur la gondole de la dernière chance. De retour à la maison les mamans peuvent même instruire leurs fillettes dans l’art de la lessive ou de l’aspirateur hebdomadaire. Les enfants des familles les moins encrisées auront quant à eux le bonheur indicible de se taper quelques centaines de bornes en voiture, retour le dimanche dans la nuit pour profiter au mieux de l’indispensable résidence secondaire qui prouve que papa n’est pas un loser mais un grand guerrier dont l’absence pendant la semaine ne fut point vaine. Aux loupiots des classes un peu plus moyennes que les autres il restera la contemplation incrédule des « magnifiques » invités d’un Michou Truqueur en voie momification avancée avant de profiter de l’endormissement justifié des fauteurs de leurs jours pour s’éclater sur leurs consoles vidéo entre deux peaufinages de leurs « profils facebook ».

Encore plus sûr qu’il n’y a point de honte à être chômeur et que jamais, au grand jamais un enseignant n’a menacé un élève imperméable aux finesses de la preuve par neuf de voir un jour son nom grossir les listes des « assistés » de Pôle Emploi !

D’ailleurs, lorsqu’un éducateur laïc et obligatoire, par définition soucieux du développement harmonieux de la personne physique et morale en devenir que constitue son élève, quel métier il voudrait faire plus tard, il ne lui parle pas d’ « emploi » et, encore moins de compte en banque !

C’est donc un bien grand mystère si, plus il avance en âge, c’est-à-dire plus profondément l’éducation préhistorique moderne aura imprégné la « substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image » de son être et moins la réponse du questionné dépendra du métier en lui-même, de son adéquation à sa personnalité et à ses désirs, que de la quantité d’argent qu’il peut lui rapporter.

 

Toutefois, au cas totalement improbable où le mystère n’aurait point sa part dans tout cela, devrions-nous en conclure que le clivage éducation laïque / éducation religieuse qui continue d’alimenter les débats politico-mondains disparaît comme par enchantement dès qu’il s’agit de pognon ?

Et, insensés que nous sommes, conclure de cette conclusion que l’éducation « laïque »(3) est un leurre derrière lequel les principes fondamentaux de la culture abrahamique – domination/culpabilité – sont plus que jamais à l’œuvre ?

Un pur délire vous dis-je.

 

 

(1) statistiques 2011

(2) pédiatre radiotélévisuel en vogue, experte en enfonçage de portes ouvertes.

(3) « L’adjectif « laïque », dans son acception moderne, est dérivé du vocabulaire théologique : l’Église catholique distingue en effet parmi les chrétiens les laïcs, qui constituent la grande majorité des fidèles, et les clercs (évêques, prêtres, diacres), ministres ordonnés. Le mot « laïc » est toujours couramment utilisé dans l’Eglise, notamment par le concile Vatican II. » (Wikipédia)

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (5ème partie))

 

 

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Les aventures de Moïse

 

27. Moïse, ministre de l’éducation nationale (troisième partie)

 

 

« Une des particularités de l’histoire de Moïse explique pourquoi elle diffère de toutes les autres légendes du même genre. Tandis qu’en général les héros, au cours de leur existence, s’élèvent au-dessus de leur médiocre condition initiale, Moïse, lui, débute dans sa vie héroïque en daignant se mettre au niveau des enfants d’Israël. »(1)

 

Freud, dont je recommande vivement la lecture de son « Moïse et le monothéisme »,  met ici le doigt sur le seul caractère véritablement innovant de l’abrahamisme par rapport aux religions/cultures qui l’ont précédé : alors que jusque là il n’était qu’un réservoir à main d’œuvre bon marché apte à grossir les rangs des armées et empiler de gros cailloux pour la plus grande gloire de ses maîtres, voici que le peuple devient soudain un « enfant » qu’il convient d’éduquer.

Dans le cas de Moïse, l’étymologie du mot « éduquer » est particulièrement intéressante. Je vous la refile à tout hasard :

« Du latin educare (« former », « instruire »), lui-même fréquentatif du verbe educere (« faire sortir », « mettre dehors »), composé de ducere (« conduire », « mener ») avec le préfixe ex (« en dehors »). »

Dans un premier temps, le prophète biblique « fait sortir » son peuple d’Egypte (educere) puis le « mène » aux portes de Canaan (ducere) avant de lui transmettre les principes divins de son Deutéronome à un euro, c’est-à-dire avant de l’« éduquer » au sens préhistorique moderne du terme (educare). Et c’est bien là où le bât blesse. En effet, autant il semble naturel d’instruire un enfant, ne serait-ce que pour lui permettre d’acquérir les moyens de survivre physiquement dans un monde potentiellement dangereux, autant la formation des adultes est fort sujette à caution lorsqu’elle n’a strictement rien de professionnelle !

J’irai plus loin en affirmant que, en digne précurseur de nos « duces » (=meneurs, donc) morbides portés au pouvoir par des politichiens avides de susucres, justifiés dans leurs âneries culpabilisantes par des flopées d’éconofumistes toujours flattés qu’on leur demande leur pauvre avis, à la télé si possible, le gars Moïse, en prétendant éduquer son peuple, ne fait au contraire que le maintenir dans un statut navrant de dépendance ombilicale, voire, le cas échéant, l’infantiliser au plus haut point.

Résultat, 2400 ans plus tard, grâce à des techniques de lavage de cerveau sans cesse renouvelées, d’abord par les Chrétiens :

Evangile de Matthieu, 18.3  :

« Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »

…puis par les Musulmans qui, retour aux sources oblige, se définissent comme les véritables « enfants d’Israël », à jamais soumis à la volonté divinopaternelle :

[2:40] La vache (Al-Baqarah) :

« Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés. Si vous tenez vos engagements vis-à-vis de Moi, Je tiendrai les miens. Et c’est Moi que vous devez redouter. »

 

la culture abrahamique du refus collectif de parvenir au statut d’adulte quand, au contraire, tout homo sapiens-sapiens qui se respecte a non seulement le droit mais le devoir, génération après génération et ça prendra le temps que ça prendra, d’aider à l’évolution de son espèce une et indivisible vers sa dimension spécifiquement humaine, a aujourd’hui atteint des sommets névrotiques qui feraient le régal de tonton Sigmund:

« Je demeure persuadé que les phénomènes religieux sont comparables aux symptômes névrotiques individuels, symptômes qui nous sont bien connus en tant que répétitions d’événements importants, depuis longtemps oubliés, survenus au cours de l’histoire primitive de la famille humaine… »(2)

 

 

(1)Sigmund Freud (1939), Moïse et le monothéisme (trad. française, 1948), p12

(2) ibid, p43

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (4ème partie))


 

 

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Les aventures de Moïse

 

26. Moïse, ministre de l’éducation nationale (deuxième partie)

 

« Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur, car cela est juste. »

Epître de Paul aux Ephésiens, 6.1

 

Attardons nous un bref instant au registre des conjectures d’ordre chronologique et songeons avec attendrissement aux pioupious musulmans actuels dont l’éducation repose sur une superst…voilà que ça me reprend…une religion, veux-je dire, de 600 ans plus récente que celle de l’homme à la papa-mobile …donc à un stade de son développement comparable à celui du christianisme médiéval, si riche en anecdotes dignes d’une foi jeune et vigoureuse : ah ! Les Croisades, les massacres d’hérétiques, les supplices inventifs de la Très Sainte Inquisition, sans parler des sympathiques crêpages de chignons entre potes croyants… Ah ! La St Barthélémy ! Pourtant, sachons vivre avec notre temps et avouons que, même si les Mormons évoqués précédemment continuent à porter haut les couleurs d’une Bible pure et dure, les taquineries bon enfant entre extrémistes chiites et sunnites à base de kamikazes bardés d’explosifs et de mauvaises croyantes lapidées à mort redonnent quand même un coup de jeune à l’abrahamisme en général non?

 

Si, mais revenons, voulez-vous, à nos moutons (de Panurge). Le fait que la culture de la domination des uns sur les autres sur fond de culpabilité originelle ait réussi à traverser les millénaires avec autant de réussite, au point d’engendrer les archétypes que nous savons, est dû avant tout à la puissance de son vecteur de transmission intergénérationnel. En vérité je vous le dis, l’éducation des enfants n’a jamais fait dans la dentelle. Le pouvoir des parents sur leurs enfants, à l’image de celui de Dieu sur ses créatures est ABSOLU. A toi Momo !

 

Deutéronome, chap 21

 

« 18. Si un homme a un fils indocile et rebelle, n’écoutant ni la voix de son père, ni la voix de sa mère, et ne leur obéissant pas même après qu’ils l’ont châtié,

19. le père et la mère le prendront, et le mèneront vers les anciens de sa ville et à la porte du lieu qu’il habite.

21. Et tous les hommes de sa ville le lapideront, et il mourra. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi, afin que tout Israël entende et craigne. »

 

En accord avec Henri Laborit (lisez-le, apprenez-le par cœur etc…), et uniquement sur ce point (tu m’étonnes, Ayrton!) Al-Ghazālī, penseur musulman (1) du 12ème siècle affirme que  l’enfant est « une substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image….. Elle reçoit tout ce qu’on y grave, elle s’incline là où on l’incline »(2). Après Moïse, Al-Ghazālī en conclut qu’il faut se dépêcher de lui inoculer sa dose de prêchi-prêcha, coranique en l’occurrence, à coups de pompe dans le cul si nécessaire. Laborit, quant à lui, se borne à constater que, profitant de leur « virginité psychosomatique » « lorsque les parents sont persuadés que le bonheur s’obtient par la soumission aux règles imposées par la structure socio-économique, il est compréhensible qu’ils imposent à leurs enfants l’acquisition coercitive des automatismes de pensée, de jugement et d’action conformes à cette structure. » (3)

J’espère avoir démontré au long des pages qui précèdent que la « structure socio-économique » sur laquelle repose notre culture en perdition est l’application pratique de principes mystiques douteux autant que contradictoires imposés aux ancêtres de nos ancêtres par ce que nous appellerions aujourd’hui une « secte ». Une secte multirécidiviste ayant usé à chaque fois, pour parvenir à ses fins, des mêmes grossières ficelles (violence, chantage au paradis etc…) que celles en vogue actuellement chez les « scientologues », « raëliens » et autres templiers solaires pour la plus grande joie de nos merdias préhistoriques modernes en manque de scoops.

Dès lors, en admettant que des parents aient la bonne idée de ne pas lui imposer ouvertement le cursus abrahamique en vigueur dans les environs immédiats, c’est donc à travers la «soumission aux règles imposées par la structure socio-économique » que la chair de leur chair sera bon gré mal gré initiée aux finesses du monothéisme de marché. Chassez l’Eternel, il revient au galop.

 

 

(1) et anti-aristotélicien convaincu, ce qui va sans dire…

(2) Ibn Khaldun (1332-1406) va dans le même sens : « apprendre pendant le jeune âge, c’est comme graver sur du marbre.  En effet, rien ne s’enracine plus fortement dans l’esprit que ce qu’on a appris dans son enfance : tout le reste se construira là-dessus.»  Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères.

(3) Mon oncle d’Amérique

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (3ème partie))

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