Les aventures de Moïse

 

1. Moïse et la dette souveraine

 

- Que fais-je en ce moment ?

- Je remarque que je n’ai pas dit : « Je fais quoi en ce moment? ». Je ne suis donc pas devenu journaliste.

- Je remarque que je viens de me répondre :  « …je n’ai pas dit…Je ne suis donc pas… ». J’ai donc fini par déposer les armes devant la double négation , tournure plus que discutable du français actuel. Mais après tout je ne vais tout de même pas continuer à passer pour un analphabète et surtout risquer de voir remettre en cause le contenu de ma prose sous le prétexte même fallacieux d’un contenant erroné.

- Ma prose ? De quoi s’agit-il cette fois ?

- De tout et de rien comme d’habitude. Pourquoi pas la « dette souveraine » ?

- C’est parti ! Il me faut en premier lieu me pencher sur la forte connotation morale associée au mot « dette », souveraine ou pas. Ah ! Combien est-il honorable de prêter quelque chose à une personne dans le besoin et, de la même façon, il en va de l’honneur de la personne en question de rembourser au plus vite la chose prêtée. Cependant, quitte à subir les affres multiformes du mal de mer, je me propose de quitter les rivages enchanteurs de la simple solidarité humaine pour aller tirer quelques bords sur l’insondable bouillon de la culture capitaliste telle qu’enseignée on ne sait pas trop quand mais cela ne date pas d’hier par le dieu d’un certain Moïse aux petits poissons qui rêvaient de devenir plus gros que les autres.

- Deutéronome 15.6 :

« L’Éternel, ton Dieu, te bénira comme il te l’a dit, tu prêteras à beaucoup de nations, et tu n’emprunteras point ; tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront point sur toi. »

Si l’on fait abstraction de la seconde partie du verset on se dit que l’Eternel donne là à son poulain une belle leçon d’altruisme doublé d’un rare sens de l’abnégation. Toujours prêter aux autres sans jamais emprunter soi-même, quelle classe !

Hélas le « tu domineras sur beaucoup de nations etc… » qui suit aussi sec nous ramène bien vite aux dures réalités de l’existence mais surtout délivre au lecteur une démonstration éclatante des talents de l’Eternel en matière de gestion de patrimoine. On l’a compris : prêter = dominer. Le chapitre 23 du même Deutéronome introduit l’ingrédient indispensable à la recette du renouvellement à l’infini de ce nouveau miracle, savoir : la notion d’intérêt :

Deutéronome 23.19 : « Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour vivres, ni pour rien de ce qui se prête à intérêt. »

20.  « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère, afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout ce que tu entreprendras au pays dont tu vas entrer en possession. »

 

Je me souviens du temps où, en classe, mon voisin de table me prêtait une feuille. Dans mon esprit il ne fut jamais question que je ne lui rende pas. Ne serait-ce pas, en partie, parce que dans le sien il ne fut jamais question que je lui en rende deux ?

Certes j’étais son frère. Son frère humain, mortel comme lui, par delà toute notion de famille, encore moins de race, d’ADN transmis par nos mères etc….

Grâce soit donc « rendue » à l’Eternel de Moïse de nous avoir appris à nier notre sens de la générosité, sinon notre simple bon sens, les remplaçant par celui de la recherche du profit sélectif !

 

Plus sérieusement je me demande s’il ne serait pas urgent de ne plus faire du prêt un des métiers les plus injustement lucratifs qui soient mais lui rendre son statut premier, savoir : un simple pis aller permettant à celui qui emprunte de gagner du temps dans son achat et à celui qui prête de trouver là un moyen efficace de mettre un peu d’argent de côté. Tu me prêtes un euro, je te rends un euro à la date fixée, en y ajoutant éventuellement les quelques centimes correspondant au cours du moment de la monnaie en question.

 

Est-il nécessaire de préciser que toute forme d’actionnariat est un prêt en soi, des plus aléatoires autant qu’ouvertement amoraux puisque dénué de la moindre justification altruiste. Il est donc tout aussi urgent pour une société soucieuse de s’arracher enfin à sa préhistoire, aussi biblique soit-elle,  d’apprendre à fonctionner autrement qu’en s’appuyant sur ce genre de béquille à géométrie variable.

 

… prochain épisode : Moïse et la condition féminine (also starring Mahomet)

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3 réponses à Les aventures de Moïse

  1. Momo dit :

    Intéressant texte sur la finance chrétientéique …

  2. boo dit :

    Ca y est c’est la rentrée et on apprend déjà des trucs !

  3. Biquette dit :

    Lu et relu.
    J’imprime pas tout.
    Mais c’est pas grave.
    Contente d’avoir lu, du neuf.
    La musique des mots est belle. Bêle… :o )
    Suis sûre que Mahomet en guest star ça va me plaire…
    ^^