Les aventures de Moïse / 1. Moïse et la dette souveraine (le bonheur est dans le prêt)

« Les mots, les mots, on a beau les connaître depuis son enfance, on ne sait pas ce que c’est.»
Henri Barbusse

 

A la décharge du dieu de Moïse qui, après tout et contrairement au principe de culpabilité(1), ne l’a pas inventé mais s’est contenté de l’emprunter à la chaîne alimentaire et d’en tirer une loi à laquelle tout croyant se doit de se soumettre corps et âme, le principe de domination de l’homo erectus par plus fort que lui remonte à la toute petite enfance de l’espèce, époque à laquelle, selon nos éminents paléontologues, au fond des cavernes sombres et glacées, la plus grosse massue réglait, en quelques moulinets dissuasifs et plus si affinités, les problèmes de préséance à même de se poser entre survivants temporaires de prédateurs toujours à l’affût, autour de la carcasse encore fumante de quelque urus malchanceux.

 

Prédateur en chef, futur « Éternel des Armées », le Dieu des Juifs règne donc, en toute animalité triomphante, sur ses créatures qui règnent les unes sur les autres.

 

Jusque là pas d’innovation par rapport aux Mésopotamiens, aux Égyptiens ou aux Hindous – pour ne citer qu’eux – me direz-vous! A quoi je répondrai : sur le fond, certes non mais quant à la forme excusez du peu ! Remplacer le bon vieux silex amoureusement taillé qui faisait de si jolis trous dans la tête de l’incroyant d’en face par un triple étranglement au porte-monnaie, il fallait y penser ! Écoutons Moïse nous en dire plus sur le fonctionnement aussi simple qu’imparable d’une invention divine qui allait révolutionner l’art d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir :

 

Deutéronome 15.6 :
« L’Éternel, ton Dieu, te bénira comme il te l’a dit, tu prêteras à beaucoup de nations, et tu n’emprunteras point ; tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront point sur toi. »

 

Si l’on fait abstraction de la seconde partie du verset on se dit que le prophète hébreu transmet là à son peuple une belle leçon d’altruisme doublé d’un rare sens de l’abnégation. Toujours prêter aux autres sans jamais emprunter soi-même, comme cela est exemplaire !
Cependant le « tu domineras sur beaucoup de nations etc… » qui suit immédiatement nous ramène bien vite à la dure réalité mais surtout délivre au lecteur une démonstration éclatante des talents de Yahvé en matière de domination : prêter = dominer.
Alléluia ! Mais par quel miracle, Seigneur ?
Le miracle de l’intérêt, fiston !  Tu devras demander qu’on te rende toujours plus que ce que tu auras prêté. Ainsi amasseras-tu de quoi prêter toujours plus et amasser d’autant et t’enrichiras-tu au détriment de tes débiteurs qui devront t’emprunter de quoi te rembourser. De quoi donner le vertige, non?

 

Bon mais, attention, le mécanisme sacré ne s’applique qu’aux « étrangers », sinon à quoi serviraient les arbres généalogiques?

 

Deutéronome toujours :
23.19 : « Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour vivres, ni pour rien de ce qui se prête à intérêt. »
23.20. « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère, afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout ce que tu entreprendras au pays dont tu vas entrer en possession. »
Je me souviens du temps où, en classe, mon voisin de table me prêtait une feuille de papier. Il ne me vint jamais à l’esprit de ne pas lui rendre. N’était-ce pas, en partie, parce que dans le sien il ne fut jamais question que je lui en rende une plus grande, voire deux ?
Certes j’étais son frère, son frère humain, mortel comme lui, par delà toute notion de famille, de tribu, encore moins de race, d’ADN transmis par nos mères, mais hélas je ne pense pas que ce soit à cette acception du terme que Moïse se réfère.
Grâce soit donc…rendue… au dieu de Moïse de nous avoir, non seulement dévoilé les arcanes du pouvoir absolu mais également appris à nous montrer sélectif dans notre sens de l’entraide et du partage des biens de ce monde afin de mieux perpétuer aux siècles des siècles une saine autant que complète domination des uns (nous) sur les autres (eux).

 

Plus sérieusement, nous verrons au cours de chapitres ultérieurs (2) que, « souveraine » ou pas, justifiée ou pas, n’eût été l’invention divine de la notion d’ « intérêt » et, miracle sur miracle, d’intérêts couvrant les intérêts des intérêts (vous avez déjà essayé d’acheter une maison ?), la « dette  publique » qu’on nous colle sur le dos aurait été remboursée depuis longtemps, avec le sourire et tous nos remerciements à nos bienfaiteurs, quels qu’ils soient.

 

lire le chapitre suivant  : Moïse et la condition féminine (also starring Mahomet)

 

(1) Moïse plaide coupable

(2) entre autres Moïse pète sa crise

 

3 réflexions au sujet de « Les aventures de Moïse / 1. Moïse et la dette souveraine (le bonheur est dans le prêt) »

  1. Lu et relu.
    J’imprime pas tout.
    Mais c’est pas grave.
    Contente d’avoir lu, du neuf.
    La musique des mots est belle. Bêle… :o)
    Suis sûre que Mahomet en guest star ça va me plaire…
    ^^

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