Les aventures de Moïse / 7. Moïse lave plus blanc (suite et fin)

 

Genèse 16.15 : «Agar enfanta un fils à Abram ; et Abram donna le nom d’Ismaël au fils qu’Agar lui enfanta.»

Non ce n’est pas une coquille. Lorsque, inspiré par l’Eternel et avec l’accord de son épouse « Saraï  » – ce n’est pas une coquille non plus – qui semblait ne pas pouvoir enfanter, Abraham avait eu recours à une mère porteuse, Agar, servante de Saraï, pour engendrer son premier fils, il s’appelait encore «Abram». Ce n’est que plus tard, alors qu’Ismaël avait déjà 13 ans que, ayant pris soin de circoncire père et fils, l’Eternel changea l’état civil d’ « Abram » en  « Abraham »  et celui de  « Saraï »  en  « Sara »  et, dans la foulée et malgré son âge fort avancé, autorisa enfin celle-ci à donner à son mari un deuxième fils: Isaac.

Décidément, même en orthographe, les voies du Seigneur etc…

Quoi qu’il en soit,  laissez-moi vous résumer ce qui me paraît essentiel dans le scénario biblique :

1/ Ismaël est l’aîné des fistons d’Abraham MAIS pondu hors mariage. Comme qui dirait un genre de bâtard. D’avec une servante égyptienne qui plus est !

2/ Isaac est le fruit légitime de l’union entre Sara et Abraham MAIS le cadet d’Abraham, sinon celui de ses soucis.

Parce que c’est là que ça que le bât blesse entre Juifs (lignée Isaac) et Musulmans (lignée Ismaël) (1). Sauf qu’à ce stade des opérations l’Islam n’existe pas encore. Ce n’est que 1280 ans plus tard qu’un certain Mahomet, expert-comptable de son état (2) va revendiquer la suprématie de sa filiale toute fraîche au sein de la SARL Abraham & Fils. Au point de faire d’Ismaël, contrairement à ce que racontent ces fieffés menteurs de Juifs,  le fils que Dieu demande à Abraham de lui sacrifier :

Coran,

Sourate 37:102 Les rangés (As-Saffat) :

«Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». (Ismaël) dit : « Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Dieu, du nombre des endurants ».»

Quelques mots sur les populations arabes, souvent nomades (3) que Mahomet va s’attacher à convaincre de leur appartenance à la tradition biblique:

« Les Arabes font leur première apparition dans l’histoire en 854 avant Jésus-Christ : l’arabe Gindibu soutint Bin Idri de Damas (le Ben Hadad II de la Bible) en lui amenant mille chameliers du pays d’Aribi à l’occasion de la bataille de Qargar[…] Peut-être le camp de Gindibu était-il situé au sud-est de Damas. Il est certain que les éléments bédouins de la péninsule arabique – qu’on appelait probablement indifféremment Aram, Eber ou Haribu – devaient être installés à l’origine, dans la région qui s’étend entre la Syrie et la Mésopotamie et qui fut, avec la Syrie le berceau le plus ancien des Sémites.» (4)

Sur leur positionnement en matière religieuse, Maxime de Tyr (philosophe grec du 2ème siècle) rapporte, dans ses Dissertations, que «les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l’objet sensible de leurs adorations, je l’ai vu, c’est une pierre quadrangulaire.»

C’est  donc à ces braves gens qui ne demandent  rien à personne que, comme Jésus et les premiers Chrétiens 600 ans auparavant à d’autres braves gens qui ne leur demandaient rien non plus,  Mahomet proclame son intention de  redonner à la SARL Abraham & Fils toute la crédibilité que ses précédents administrateurs, par leurs excès, dépravations et autres errances lui ont fait perdre :

Coran, [5:66] La table servie (Al-Maidah) :

«S’ils avaient appliqué la Thora et l’Evangile et ce qui est descendu sur eux de la part de leur Seigneur, ils auraient certainement joui de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. Il y a parmi eux un groupe qui agit avec droiture; mais pour beaucoup d’entre eux, comme est mauvais ce qu’ils font !»

Pourtant, dans les faits, la troisième et dernière mouture en date de l’entreprise abrahamique de récupération de la Grande Peur du Néant Eternel, ne se distingue des deux premières que par une seule trouvaille : l’interdiction du «riba» ou «usure» ou encore (au bénéfice du doute sémantique) : « prêt à intérêt » .

Coran,

Sourate II, versets 278 et 279.

«Ô croyants! Craignez Dieu; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants.
Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part de Dieu et de Son messager.
Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés. »
Pour l’observateur impartial, force est d’admettre que cette tentative d’assainir le monde de la finance, tentative louable (autant qu’étrangement schizophrénique dans la mesure où, nous l’avons vu, le monde de la finance repose sur le principe divin de l’arnaque de son prochain, «étranger» tant qu’à faire) n’a eu que de très modestes retombées sur le comportement des Musulmans dans le domaine de l’enrichissement personnel. A cela on peut avancer au moins deux explications.

La formulation même du verset susmentionné – «et si vous vous repentez vous aurez vos capitaux» – nous indique que le Coran s’inscrit dans une culture de type capitaliste qui n’a rien à envier à celle des Juifs ou des Chrétiens. Ainsi la sourate 4, (An-Nisa) est presque entièrement consacrée au respect dû à la notion d’héritage et recommande à ce propos de ne pas mettre en cause les inégalités qui en découlent :

32. «Ne convoitez pas ce que Dieu a attribué aux uns d’entre vous plus qu’aux autres»

Certes, le Coran, imitant en cela l’Ancien et le Nouveau Testament, ne manque pas de vilipender l’impiété détestable des riches, à qui il est répété que ce ne sont pas leurs possessions terrestres qui leur feront gagner le royaume des cieux. Toutefois et qu’on se le dise, il n’est pas question pour les Musulmans de douter du bien-fondé du clivage dominant/dominé, à la condition expresse que le dominant reconnaisse à son tour son statut de subalterne du Tout Puissant.

La routine.

Une autre raison, d’ordre technique cette fois, de la quasi absence d’effet de l’interdit du prêt à intérêt sur la société musulmane est à rechercher dans la propension remarquable des ulémas (ou «docteurs de la Loi») à inventer mille et un stratagèmes (hiyals), absolument légaux bien sûr, pour lire dans le Coran des choses qui n’y sont point écrites.

Dans la série « l’hôpital se moque de la charité » le «penseur» (et parieur invétéré) chrétien Blaise Pascal, s’amuse  à donner un exemple de ces «contournements» de la Loi coranique:

«Je vends ce livre 120 payables dans un an, je le rachète immédiatement pour 100 payables tout de suite. Donc je garde mon livre, donne 100 et reçoit 120 dans un an.»(5)

Blaise veut-il parler du « Mourabaha » , ou « financement commercial avec marge bénéficiaire»?(6)

«La banque acquiert une marchandise pour le compte de son client, moyennant une marge bénéficiaire fixée à la signature du contrat. La banque transfère la propriété de la marchandise à son client une fois qu’il a payé le prix de celle-ci ainsi que la marge fixée à la signature. Ce type de contrat diffère du prêt à intérêt car la marge est fixe et n’augmente pas avec le délai de paiement.»

 

Je terminerai sur le cahier des charges de notre nouvelle filiale abrahamique en citant quelques hadiths de la sunna, autre spécificité musulmane prétendant rapporter les dires d’un Prophète qui avait lui-même commencé dans la vie en tant que négociant en bétail:

«Le marchand sincère et de confiance sera (au jour du Jugement) parmi les prophètes, les justes et les martyrs»,

«Le marchand de confiance sera assis à l’ombre du trône de Dieu au jour du Jugement»

…ou encore :

«Les marchands sont les courriers de ce monde et les curateurs fidèles de Dieu sur la terre». (7)

 

Jésus, on l’a vu, c’était les banquiers. Chacun son truc.

 

(1) Les douze fils d’Ismaël dont il est fait mention dans la Bible ont été repris par la tradition musulmane. Il est dit que deux d’entre eux s’établirent à La Mecque, où ils fixèrent leur demeure, à savoir : Nebajoth et Kédar. Kédar est l’ancêtre des Quraychites, la tribu de Mahomet.

(2) au service de Khadija, une riche veuve à la tête d’un commerce caravanier, qu’il finit par épouser . (ibn Habîb al-Baghdâdî (m.245), Muhabbar p. 79. Haydarabad. / al-Balâdhurî (m.279),Ansâb’al achrâf tome I paragraphe 177 Caire 1959.)…avant quatorze autres, dont l’une avait six ans quand il l’épousa. (Tabari, op. cit., vol. II, « Mohamed, sceau des prophètes », p. 327)

(3) Hommes voilés et femmes libres : les Touareg, par Marcel Baudin, publié par L’Harmattan.

(4) Marc Bergé, Les Arabes, p. 20.

(5) Blaise Pascal, Les Provinciales (la huitième) (1657)

(6) cf Ismail, Muhammed Imran (2010)
Ph.D. thesis, University of Birmingham.)

(7) Rodinson, Maxime, Islam et capitalisme, 1966, Paris, Seuil p33

 

(à suivre: Moïse pète sa crise)