les aventures de Moïse / 6. Moïse lave plus blanc (troisième partie)

 

A l’heure démocratique où les petits chefs de gôche et de drouate se fouillent et se trifouillent pour se trouver un surchef qui, dès que le top sera donné, tâchera de se faire nommer chef en chef d’une bande de préhistoriques post cavernicoles, grands massacreurs de Roms et de lapins et bafouilleurs de marseillaise footballistique devant l’ «Eternel des armées», je continue mon petit bonhomme de chemin à travers la forêt des archétypes abrahamiques en lien direct avec la panade psycho-socio-économique dans laquelle l’homo sapiens-sapiens se débat actuellement. A ce propos – et une lueur d’espoir point à la périphérie de mon regard presbyte – il me semble percevoir la réalité, aux quatre coins de notre ronde planète d’une «indignation» qui fait chaud au cœur.

Sauf que les Chrétiens de l’an 0 eux aussi, ils s’indignaient comme des fous. Et on vient de voir que cela ne les empêchait pas de se faire plus ou moins volontairement les continuateurs d’une culture douteuse au sein de laquelle les banquiers et leur sordide principe de faire de l’argent avec l’argent ne risquaient rien à «donner à celui qui a» et à «ôter à celui qui n’a pas, même ce qu’il a ».

Non seulement ils ne risquaient rien mais ceux qui oseraient trouver à redire à ces pratiques incontournables du libéralisme divin risquaient, eux, en tant qu’hérétiques, de se voir confisquer (tant qu’à faire dans les pires souffrances) leur vie terrestre ainsi qu’une autre, plus improbable mais, après tout, l’angoisse de voir disparaître corps et bien son ego chéri ça ne se commande pas et au cas où il aurait moyen de moyenner…

Bref, et cela se comprend, infiniment minoritaires seraient les candidats à se faire jeter «dans les ténèbres du dehors, où il y aurait des pleurs et des grincements de dents».

Donc chez Abraham & Fils on pouvait dormir tranquille. D’autant plus tranquille que, succédant aux premiers Chrétiens qui, on l’a vu, en tant que Juifs de souche hésitaient à couper trop radicalement les ponts avec la maison-mère, les conseils d’administration d’ascendance «étrangère» qui s’en vinrent, au fil des générations, s’installer aux commandes de la nouvelle filiale, loin de montrer l’exemple en suivant à la lettre les directives originelles de mépris des biens de ce monde et d’égalité en Notre Seigneur Jésus-Christ, ne tardèrent point à mettre en place une hiérarchie paramilitaire, vénale au possible, qui n’était pas sans rappeler les pires cauchemars des Esséniens.

Ainsi, vers la fin du 1er siècle, du fond de son Asie Mineure, un certain Ignace d’Antioche exigea des communautés chrétiennes leur soumission à l’«épiscope» «qui tient la place de Dieu lui-même». Exit le modèle collégial ou «église», du grec eklesia, «l’assemblée du peuple» dont avaient, un court instant, rêvé les premiers fans de Jésus. On gardait le mot, ça sonnait mieux que «conseil d’administration», on lui collait même une majuscule mais finie l’ «assemblée» ! Un président à vie, le « pape », ferait mieux le boulot, aidé en cela par une bonne équipe de ministres lèche-pantoufles qui, à leur tour nommeraient leurs propres larbins, et cætera i tutti quanti et les vaches chrétiennes seraient bien gardées.

Donc plus d’assemblée mais on conservait le concept de «peuple». Un nouveau «peuple élu» (1), potentiellement mille fois plus important en nombre que le précédent puisque non soumis (2) aux critères génétiques évoqués plus haut. En effet, le Nouveau Testament, contrairement à l’Ancien n’interdisait pas au Chrétien de «contracter un mariage» ni de «donner ses filles» ni de «prendre les filles» de qui que ce soit «pour ses fils». Du moins en théorie. En pratique, les qui-que-ce-soit étaient plus qu’encouragés à se mettre à la nouvelle lessive…pardon : à se faire baptiser dans les plus brefs délais.

Et pas que pour se marier ! Le Moyen Orient des inoubliables «croisades», l’Amérique centrale et méridionale des «conquistadores» puis l’Amérique du Nord de Buffalo Bill, grand affameur de « Peaux-Rouges » en Jésus-Christ, sans parler, bien sûr, de l’Afrique des missionnaires et de leur position discutable à plus d’un titre, allaient, au cours des millénaires à venir, s’en voir administrer la preuve.

«Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu»

Pourtant, au siège du Parti Monothéiste Libéral des années + 600, on n’était  pas à cent pour cent certain d’avoir fait le plein des suffrages «étrangers» dès le premier tour…

 

Etats-Unis d’Amérique / siège de la multinationale Procter & Gamble, année + 1967

 

– Gamble, tu dors ?

– Non, et toi Procter ?

-Non, puisque je te cause…

– Suis-je bête! Donc ?

– Donc j’ai repensé aux résultats de notre dernière étude de marché et je me dis que la demande mondiale en machines à laver a encore fait un bond pas possible alors que nos ventes de lessive, Bonux et Dash réunis stagnent un tantinet…

– Je te vois venir, mon Procter ! Tu te dis qu’il serait peut être temps de sortir un nouveau label avant qu’Unilever nous broute l’herbe sous le pied !

– Tout juste ! J’ai même une idée sur l’angle d’attaque qu’il conviendrait d’adopter. Tu vas rire mais ces grands couillons de hippies et leur obsession de retour à la nature en sont à l’origine ! Notre prochain bébé – Ariel c’est un joli nom, tu trouves pas ? – se distinguerait des autres par sa formule entièrement BIOLOGIQUE !

– Qu’est-ce que t’entends par là, Procter ?

– Rien du tout, c’est même un mot fait exprès pour ça et, je te rassure tout de suite : ça ne nous coûterait pas un rond. Comme d’hab’ on change une ou deux molécules mais on garde le même circuit de fabrication/ promotion/ distribution…

– Procter, je t’aime ! Et je sens que je vais aimer Ariel, la première lessive biologique du monde libre !

 

 

 

 

(1) Epitre de Paul aux Ephésiens :

1.11. «C’est aussi en lui que nous avons été élus, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté»

(2) année + 49 : Le concile de Jérusalem déclare les non-Juifs libres à l’égard de la loi mosaïque.

 

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