Les aventures de Moïse / 11. Moïse, ministre de l’éducation nationale (première partie)

 

« Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur, car cela est juste. »
Epître de Paul aux Ephésiens, 6.1

 

 

En matière de télévision un rien m’amuse. A défaut d’un débat politique entre Bonnets Blancs et Blancs Bonnets sous l’égide de l‘impressionnant lèche-cul dont j’oublie toujours le patronyme – Pyjamas? Purgodas ? – ou, mieux, du dernier bêtisier de l’Amicale des Econocomiques Anonymes, je ne sais pas dire non à un petit documentaire sur le «créationnisme ».
Très tendance en ces jours d’incertitude ontologique, l’idée selon laquelle l’espèce humaine a été créée en un tournemain voici à peine 6000 ans sur un coup de tête divine implique qu’Adam et sa descendance n’ont strictement rien à voir avec les espèces animales bricolées la même semaine par un démiurge hyperactif, ni même avec la « petite Lucy » qui, à en croire les conclusions éclairées d’une poignée de profanateurs de sépultures impénitents, soufflerait aujourd’hui ses 3,4 millions de bougies.
Bibliquement parlant, le principe de domination, ou « dominance » qui, chez H. Laborit (lisez-le, recopiez-le, dessinez-le!), préside au fonctionnement de notre cerveau ne serait aucunement imputable à l’instinct de survie hérité de nos aïeux cavernicoles en butte à la sauvagerie d’un monde où le vivant d’à côté, mammouth ou collègue bipède hirsute, représentait a priori un danger, doublé d’un apport en protéines toujours bienvenu. Quant aux causes de notre fâcheuse propension à considérer les femmes comme des machines à « croître et à multiplier » il serait, dès lors, évidemment absurde de les rechercher dans la crainte toute darwinienne de voir notre espèce disparaître.
Dès lors, qu’il soit bien clair que c’est la volonté de Dieu et elle seule qui fait de Ses créatures les gros cons polygames, violeurs et xénophobes jusqu’à l’anthropophagie (lire ici Moïse et la Conquête de l’Ouest )qu’une foi sans tache enjoint, sous peine de très gros ennuis dans ce monde et dans l’autre, de ne jamais, au grand jamais, cesser d’être:
Reste à faire passer le message aux siècles des siècles, de branche en branche sur l’abrahamique arbre généalogique. Comment ? Mais grâce à une éducation sans faille, bien sûr ! Une éducation qui, reconnaissons-le, n’a jusqu’ici cessé de faire des merveilles.

 

« Devenus créatures nouvelles, en renaissant de l’eau et de l’Esprit Saint, appelés enfants de Dieu et l’étant en vérité, tous les chrétiens ont droit à une éducation chrétienne. Celle-ci ne vise pas seulement à assurer la maturité ci-dessus décrite de la personne humaine, mais principalement à ce que les baptisés, introduits pas à pas dans la connaissance du mystère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père en esprit et en vérité »(1)
Compris, les Abrahamistes vaticanocompatibles ? Bien élever vos lardons signifie accessoirement leur «assurer la maturité de la personne humaine », ce qui ne veut strictement rien dire, mais «principalement» leur apprendre à « adorer Dieu le Père en esprit et en vérité », ce qui, là, ne laisse pas de place au doute.
Et dire que ce « gravissimum » ( sic) papal ne date que de 1965 ! Attardons nous un bref instant au registre des conjectures d’ordre chronologique et songeons avec attendrissement aux pioupious musulmans actuels dont l’éducation repose sur un abrahamisme de 600 ans plus récent que celui de l’homme à la papamobile …donc à un stade de développement comparable à celui du christianisme médiéval, si riche en anecdotes parlantes, représentatives d’une foi jeune et vigoureuse. Ah ! Les Croisades, les massacres d’hérétiques, les supplices inventifs de la Très Sainte Inquisition, sans parler des sympathiques crêpages de chignons entre potes croyants, à la St Barthélémy par exemple ! Même si les Mormons continuent à porter haut les couleurs d’une Bible pure et dure, les taquineries bon enfant entre extrémistes chiites et sunnites à base de kamikazes bardés d’explosifs et de mauvaises Musulmanes convivialement lapidées à mort redonnent quand même un coup de jeune à une entreprise de sabotage de l’évolution de l’espèce qui en avait bien besoin, non?
Une chose semble certaine : le fait que la culture de la domination des uns sur les autres ait réussi à traverser les millénaires avec autant de succès, au point d’engendrer les archétypes que nous savons, est dû avant tout à la puissance de son vecteur de transmission intergénérationnel. En vérité je vous le dis : à la SARL Abraham & Fils, l’éducation des enfants n’a jamais fait dans la dentelle. Le pouvoir des parents sur leurs enfants, à l’image de celui de Dieu sur ses créatures est ABSOLU. A toi Momo !

 
Deutéronome, chap 21
« 18. Si un homme a un fils indocile et rebelle, n’écoutant ni la voix de son père, ni la voix de sa mère, et ne leur obéissant pas même après qu’ils l’ont châtié,

19. le père et la mère le prendront, et le mèneront vers les anciens de sa ville et à la porte du lieu qu’il habite.

21. Et tous les hommes de sa ville le lapideront, et il mourra. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi, afin que tout Israël entende et craigne. »

 

En accord avec Henri Laborit , et uniquement sur ce point, hélas, Al-Ghazāli, penseur musulman (2) du 12ème siècle affirme que l’enfant est « une substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image….. Elle reçoit tout ce qu’on y grave, elle s’incline là où on l’incline »(3). Après Moïse, Al-Ghazālī en conclut qu’il faut se dépêcher de lui inoculer sa dose de délire mystique, coranique en l’occurrence, à coups de pompe dans le cul si nécessaire.
Laborit, pour sa part, se borne à constater quelque peu sombrement que, profitant de leur « virginité psychosomatique » «lorsque les parents sont persuadés que le bonheur s’obtient par la soumission aux règles imposées par la structure socio-économique, il est compréhensible qu’ils imposent à leurs enfants l’acquisition coercitive des automatismes de pensée, de jugement et d’action conformes à cette structure. » (4)
Nous avons vu que la « structure socio-économique » sur laquelle repose notre culture en perdition a tout à voir avec les commandements divins imposés aux ancêtres de nos ancêtres par ce que nous appellerions aujourd’hui une « secte ». Une secte multirécidiviste ayant usé à chaque fois, pour parvenir à ses fins, des mêmes ficelles grossières (violence, chantage au paradis etc…) que celles en vogue actuellement chez les « scientologues », « raëliens » et autres templiers solaires pour la plus grande joie de nos media préhistoriques post modernes en manque de scoops.

 
On notera au passage que, dans un environnement aussi coercitif, en admettant que des parents aient la bonne idée de ne pas imposer ouvertement le cursus sectaire en vigueur à leur enfant, l’école, puis l’entreprise, se chargent, en temps et en heure, de lui en transmettre les principes de base. Le service militaire obligatoire, qui continue de l’être dans la plupart des états musulmans assurait encore l’intérim, il y a peu, dans nos contrées prétendument démocratiques.

 

 
(1) Déclaration Gravissimum educationis momentum promulguée le 28 octobre 1965
(2) et anti-aristotélicien convaincu, ce qui va sans dire…
(3) Ibn Khaldun (1332-1406) va dans le même sens : « apprendre pendant le jeune âge, c’est comme graver sur du marbre. En effet, rien ne s’enracine plus fortement dans l’esprit que ce qu’on a appris dans son enfance : tout le reste se construira là-dessus.» Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères.
(4) Mon oncle d’Amérique

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (2ème partie))