Les aventures de Moïse

 

27. Moïse, ministre de l’éducation nationale (troisième partie)

 

 

« Une des particularités de l’histoire de Moïse explique pourquoi elle diffère de toutes les autres légendes du même genre. Tandis qu’en général les héros, au cours de leur existence, s’élèvent au-dessus de leur médiocre condition initiale, Moïse, lui, débute dans sa vie héroïque en daignant se mettre au niveau des enfants d’Israël. »(1)

 

Freud, dont je recommande vivement la lecture de son « Moïse et le monothéisme »,  met ici le doigt sur le seul caractère véritablement innovant de l’abrahamisme par rapport aux religions/cultures qui l’ont précédé : alors que jusque là il n’était qu’un réservoir à main d’œuvre bon marché apte à grossir les rangs des armées et empiler de gros cailloux pour la plus grande gloire de ses maîtres, voici que le peuple devient soudain un « enfant » qu’il convient d’éduquer.

Dans le cas de Moïse, l’étymologie du mot « éduquer » est particulièrement intéressante. Je vous la refile à tout hasard :

« Du latin educare (« former », « instruire »), lui-même fréquentatif du verbe educere (« faire sortir », « mettre dehors »), composé de ducere (« conduire », « mener ») avec le préfixe ex (« en dehors »). »

Dans un premier temps, le prophète biblique « fait sortir » son peuple d’Egypte (educere) puis le « mène » aux portes de Canaan (ducere) avant de lui transmettre les principes divins de son Deutéronome à un euro, c’est-à-dire avant de l’« éduquer » au sens préhistorique moderne du terme (educare). Et c’est bien là où le bât blesse. En effet, autant il semble naturel d’instruire un enfant, ne serait-ce que pour lui permettre d’acquérir les moyens de survivre physiquement dans un monde potentiellement dangereux, autant la formation des adultes est fort sujette à caution lorsqu’elle n’a strictement rien de professionnelle !

J’irai plus loin en affirmant que, en digne précurseur de nos « duces » (=meneurs, donc) morbides portés au pouvoir par des politichiens avides de susucres, justifiés dans leurs âneries culpabilisantes par des flopées d’éconofumistes toujours flattés qu’on leur demande leur pauvre avis, à la télé si possible, le gars Moïse, en prétendant éduquer son peuple, ne fait au contraire que le maintenir dans un statut navrant de dépendance ombilicale, voire, le cas échéant, l’infantiliser au plus haut point.

Résultat, 2400 ans plus tard, grâce à des techniques de lavage de cerveau sans cesse renouvelées, d’abord par les Chrétiens :

Evangile de Matthieu, 18.3  :

« Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »

…puis par les Musulmans qui, retour aux sources oblige, se définissent comme les véritables « enfants d’Israël », à jamais soumis à la volonté divinopaternelle :

[2:40] La vache (Al-Baqarah) :

« Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés. Si vous tenez vos engagements vis-à-vis de Moi, Je tiendrai les miens. Et c’est Moi que vous devez redouter. »

 

la culture abrahamique du refus collectif de parvenir au statut d’adulte quand, au contraire, tout homo sapiens-sapiens qui se respecte a non seulement le droit mais le devoir, génération après génération et ça prendra le temps que ça prendra, d’aider à l’évolution de son espèce une et indivisible vers sa dimension spécifiquement humaine, a aujourd’hui atteint des sommets névrotiques qui feraient le régal de tonton Sigmund:

« Je demeure persuadé que les phénomènes religieux sont comparables aux symptômes névrotiques individuels, symptômes qui nous sont bien connus en tant que répétitions d’événements importants, depuis longtemps oubliés, survenus au cours de l’histoire primitive de la famille humaine… »(2)

 

 

(1)Sigmund Freud (1939), Moïse et le monothéisme (trad. française, 1948), p12

(2) ibid, p43

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (4ème partie))


 

 

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