Les aventures de Moïse

 

29. Moïse, ministre de l’éducation nationale (cinquième partie)

 

 

Avec ses 574 entrées pour le substantif « bien » et 394 pour celui de « mal », on peut considérer la Bible (Ancien et Nouveau Testaments confondus) comme un des « all time bestsellers » les plus préoccupés de « morale » (du latin moralitas, « façon, caractère, comportement approprié »). Bizarrement toutefois, c’est suite au non-respect du divin interdit de goûter au fruit qui permettait de distinguer l’un de l’autre qu’Adam et Eve furent aussitôt expulsés du jardin d’Eden avec, pour faire bonne mesure, l’obligation de passer l’arme à gauche au terme d’une vie de dur labeur :

Genèse 2.17

« …mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »

Mais passons sur la première des innombrables contradictions qui émaillent les statuts de la SARL Abraham & Fils pour nous intéresser ici au 104 entrées bibliques du mot « biens » que seule la désinence plurielle différencie de son illustre racine.

Sur le sens à donner à ce quasi homonyme, il n’est que de comparer l’un à l’autre les versets :

Genèse 13:6

« Et la contrée était insuffisante pour qu’ils demeurassent ensemble, car leurs biens étaient si considérables qu’ils ne pouvaient demeurer ensemble. »

…et:

Genèse 36:7

« Car leurs richesses étaient trop considérables pour qu’ils demeurassent ensemble… »

…pour ne pas hésiter une seconde. L’indispensable mathématicien de service pourrait même additionner les 80 entrées de « richesses » à celles de « biens » pour obtenir un score des plus significatifs quant à l’importance accordée par Yahvé et ses zélateurs à la matérialité des choses.

Si les Juifs et les Chrétiens (avec, pour ces derniers, une bonne dose d’hypocrisie supplémentaire, au moins jusqu’à l’avènement du calvinisme qui réhabilite le principe du prêt à intérêt prétendument combattu par l’Eglise) montrent bien peu d’empressement à se torcher avec les coins de mur, les sympathiques injonctions du prophète de la seconde filiale d’Abraham & Fils ne laissent aucun doute (tout en affirmant haut et fort, comme Jésus et ses potes, qu’ils ne les « emporteront pas au paradis » -ah ces bonnes vieilles expressions archétypales !-) sur le « devoir » imposé aux musulmans de ne pas jeter leurs « biens » par les fenêtres :

Coran [2:180] La vache (Al-Baqarah) :

« On vous a prescrit, quand la mort est proche de l’un de vous et s’il laisse des biens, de faire un testament en règle en faveur de ses père et mère et de ses plus proches. C’est un devoir pour les pieux. »

 

Partant, est-ce trop « simplifier », puisque c’est le reproche qui m’est souvent fait, de dire que, tout en faisant vœu de pauvreté à tous les coins de rue, la culture abrahamique établit plus souvent qu’à son tour un rapport d’équivalence marqué entre LE « bien », notion morale s’opposant à celle de « mal », et LES « biens de ce monde » ?

Si oui, alors ce chapitre est trop simplistement intitulé Moïse, ministre de l’éduction nationale et c’est trop simplifier les choses de prétendre que, depuis 2400 ans, les malheureux homo sapiens-sapiens se voient transmettre par leurs rabbis, ulémas et autres maîtres de chapelle, la double certitude a) de glorifier leur dieu à travers un enrichissement personnel presque toujours obtenu – selon le principe scientifique des vases communicants- par l’appauvrissement du voisin et, en retour, b) de faire le lit du « mal » en se livrant au péché d’indigence.

Milles excuses donc et, puisque cela vous rassure, continuons à ramer dans le compliqué. Mais aussi « démocratiquement » que possible alors ! Par exemple, à l’occasion des prochaines élections législatives, encourageons fermement de misérables pécheurs de smicards ou assimilés à expier leur péché de pauvreté en octroyant par leurs votes et pour 5 ans renouvelables : un salaire de 5126 euros net d’impôts + une indemnité représentative de frais de mandat de 6 223 euros, non imposable + un crédit affecté à la rémunération des collaborateurs de 8 859 euros = 20 208 euros mensuels(1) à leurs politichiens préférés, ne serait-ce que pour que ces héros préhistoriques modernes aient le trou-de-balle bien propre quand ils s’en vont renifler les bourses de leurs maîtres financiers.

Au prix du beurre, ce n’est pas grand-chose, me direz-vous. Heureusement que, toujours par exemple, en janvier 2007, pour se payer un peu de sens-bon, sur les 577 députés en place, 439 possédaient un autre mandat (maire, conseiller général ou régional) et 80 en possédaient deux autres.

 

Au vu de ces chiffres, qui après tout ne sont que des chiffres, et si je ne craignais pas de relapser dans ma sursimplisterie, je me laisserais bien aller à constater que la volonté divine qu’il y ait des riches pour pouvoir aider les pauvres (sic) est appliquée à la lettre, en tout état de cause et belle soirée à vous, sur les bancs de notre incorruptible Assemblée Nationale.

Il ne manquerait plus que les législateurs de la République inviolable et sacrée, émanation de « l’Être Suprême  » si cher à Robespierre ne respectassent point la morale !

 

 

(1) sources: site internet de l’Assemblée nationale, juillet 2008

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (suite et fin))

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