Les aventures de Moïse

 

32. Moïse passe la main (deuxième partie)

 

 

« Les mots, les mots, on a beau les connaître depuis son enfance, on ne sait pas ce que c’est. »
Henri Barbusse

 

 

Le gratin de l’étymologie hexagonale (1) (2) s’accorde à faire dériver le terme « capitalisme » du latin «caput», « la tête », savoir : la tête de bétail (le cheptel). La trouvaille bien pratique de la transmutation quasi alchimique du bétail en argent remonte, on l’a vu (3), au dieu de Moïse qui, tant qu’à faire, en profite pour mettre son « peuple élu » au parfum des avantages, en termes de « domination » sur l’ « étranger », du prêt à intérêt. L’évangéliste Matthieu pour sa part enseigne au chrétien comme il faut la nécessité, toute parabolique bien sûr, de la spéculation bancaire (4). Mahomet, 600 ans plus tard, se contente d’enjoindre le « pieux » mourant de ne pas négliger d’établir un testament en bonne et due forme (5), des fois que le patrimoine familial disparaisse sous la tente du voisin. Il est donc inutile de revenir une fois encore sur la place occupée dans la culture abrahamique par le concept de « capital » ni sur les diverses techniques visant à son accumulation aux siècles des siècles, ou « capitalisme » (6).
D’autre part, Marx, Engels et consorts ayant déjà lâché pas mal d’infos passionnantes sur l’évolution des dites techniques à travers les âges jusqu’à atteindre les sommets que l’on sait, il n’est évidemment pas question que je me risque à marcher sur leurs savantes plates bandes. D’abord je suis nul en mécanique – éconofumiste ou autre- mais surtout je suis un garçon épris de modernité et force est de constater qu’en ces temps libéraux d’économie de marché, personne ne parle plus de « capitalisme », même si personne n’en a jamais appliqué les principes avec autant de conscience et d’acharnement.
C’est que, depuis une trentaine d’années, le siècle des Lumières nous fait un genre de remontée gastrique, voyez-vous ! Contrairement à la divinité tutélaire de la SARL Abraham & Fils, le dieu Pépète ne s’intéresse pas à la mécanique mais à la PHILOSOPHIE !!! Et c’est une bonne chose parce que l’homo sapiens-sapiens de base, il peinait grave à comprendre pourquoi, maintenant qu’il commence (ô bien timidement, certes, vu que nos amis musulmans se doivent de croître et multiplier un max pour qu’il reste quelques survivants au terme des 600 ans de guerres fratricides qu’ils ont  en retard sur nos amis chrétiens) ( qui pour ne pas être submergés, nous pondent filiales créationnistes sur filiales polygamistes) ( heureusement que nos amis juifs, tenus par leur devoir de pas se mélanger à la racaille s’en tiennent bon an mal an à leur 0,1% planétaire, toutes tribus confondues) à se méfier des préceptes politico-économiques divins, les riches doivent absolument continuer à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir.
Eh bien je te le donne en mille, Emile ! C’est AU NOM DE LA LIBERTE !!!
« Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain, fût-il le peuple.»(6)
On peut considérer cette définition comme une synthèse assez correcte des milliards d’approches tentées de droite et de gauche en vue de donner un sens exact à ce vocable fourre-tout apparu en 1818 sous la plume d’un certain Maine de Biran (mes compliments à ses ayant-droits), entré dans le Dictionnaire universel de la langue française dès 1823 et aussitôt repris en chœur par Voltaire, Rousseau et leurs lumineux compères dans leur lutte contre l’absolutisme étatique.
C’était le bon temps. Contre les errances d’un monarque accroché au bastingage de ses privilèges malmenés et un clergé qui l’encourageait à tenir bon la barre, la cause semblait plus que justifiée. Aujourd’hui au contraire, il faut avoir vidé le bar, fumé la moquette et débouché son troisième tube de Lexomil pour accorder le moindre crédit à la pensée dite «libérale » en matière de défense de la liberté citoyenne. A propos de liberté il faudra que je vous parle un jour de mon étonnement emprunt de consternation d’avoir assisté de mon vivant au subtil glissement vers la forme plurielle d’un mot qui n’a de sens qu’au singulier. «Les » libertés !!! Pourquoi pas « les vies », « les morts » ?

Mais revenons au libéralisme qui « affirme la primauté des principes de liberté sur l’autorité du souverain ».
Sachant qu’une démocratie est un « régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté » nous ne pouvons qu’en conclure, comme la définition citée plus haut nous encourage à le faire, que la pensée libérale est une négation absolue de la démocratie.
Oui et non, me direz-vous, parce que quand il s’agit de se servir des moyens de contrainte étatique (police, justice, voire forces armées) pour garantir leur soi-disant « liberté économique » contre ces voyous de travailleurs qui osent manifester un peu trop bruyamment leur désespoir de voir leurs protections sociales, sinon leur gagne-pain tout court, sacrifiés sur l’autel de sacrosaintes « prises de bénéfice », les « libéraux » de tout poil, à droite comme à gauche n’hésitent pas une seconde.

A croire qu’à la névrose collective source de toute religion vient s’ajouter, concernant la célébration du culte de l’Argent, une bonne vieille dose de schizophrénie galopante.

 

 

(1) in L’Enfer, 1908
(2) Dictionnaire historique de la langue française, édité par Alain Rey, Dictionnaire Le Robert, Paris, 1992
(3) Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition 1995-2005.
(4) cf Moïse lave plus blanc.(1)
(5) cf Moïse et la dette souveraine.
(6) cf  Moïse lave plus blanc.(4)
(7) cf  Moïse, ministre de l’éducation nationale. (5)
(8) source Wikipedia

 

(à suivre: Moïse passe la main (3ème partie))

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