35. Moïse passe la main (suite et fin)
« L’avenir de monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour.»
Pierre Dac
Envie n°2 :
Le 6ème siècle avant Jay-Cee fut une sorte de carrefour dans la préhistoire moderne. Il ouvrait sur deux possibles diamétralement opposés. D’une part l’horizon relativement dégagé d’une pensée rationnelle qui laissait entrevoir les prémices d’un « bonheur » à l’échelle humaine – concept ô combien nouveau dans la pensée d’une espèce jusque là brinquebalée de superstitions sanguinolentes en panthéons délirants – et, d’autre part, au détour d’un virage à 180°, un chemin de souffrances et de guerres fratricides tracé, selon les dires supposés de prophètes disparus sans laisser d’adresse, par un dieu jaloux de ses prérogatives arboricoles.
Mon envie de me propulser dans un futur que je situe au minimum à 600 ans à compter d’aujourd’hui provient de ma quasi certitude que dans 600 ans, et à moins que ses conséquences désastreuses sur l’évolution de l’espèce aient mené cette dernière à sa perte corps et biens, le choix malencontreux opéré voici plus de deux millénaires et demi par nos vénérables ancêtres sera en bonne passe de ne plus être qu’un mauvais, très mauvais, souvenir.
Pourquoi 600 ans ?
Les conclusions les plus récentes d’archéologues(1) s’étant longuement penchés sur la question situent la promulgation des statuts définitifs de la SARL Abraham & Fils, également connus sous les appellations de « Torah » ou d’« Ancien Testament », vers – 640, date qui correspond à l’émergence du royaume de Juda (royaume israélite du sud) sous le roi Josias.
Le calendrier que nous imposent les Chrétiens découle de leur volonté de situer le lancement de leur filiale à l’an 000, soit 33 ans avant la mort officielle de celui qu’ils appellent Christ.
C’est en 610 que, lors de sa retraite spirituelle à Hira, dans la montagne de Arafa à la Mecque, que Muhammad, dit Mahomet apprend de l’ange Jibril (l’archange Gabriel de la Bible) qu’il est le prophète chargé du devenir de la seconde et, à ce jour, dernière mouture du mythe abrahamique.
On observe donc un décalage d’environ 600 ans entre les évènements fondateurs des trois religions se réclamant, chacune à leur manière, des enseignements de Moïse.
Dès lors la tentation est grande d’extrapoler sur ce décalage et de voir dans la fanatisation actuelle du courant islamique un pieux remake des grandes heures de l’Inquisition catholique. La diabolisation des femmes adultères iraniennes nous ramène au bon vieux temps des sorcières suppliciées sur les bûchers de nos charmantes bourgades médiévales. L’ingérence grandissante des partis politiques d’obédience coranique dans la conduite des états arabes rappelle à s’y méprendre la mainmise de notre Sainte Mère l’Eglise sur les affaires des défunts royaumes très chrétiens de France, de Navarre et d’ailleurs.
Mais le pire reste à venir. Les historiens chiffrent à près de deux millions, soit un dixième de la population française d’alors, les victimes des violences mais aussi des famines, maladies et disettes engendrées par les huit guerres dites « de religion » qui ravagèrent le pays dans la seconde moitié du 16ème siècle.
16 + 6 = 21. Remplacez « catholiques et protestants » par « chiites et sunnites » et vous comprendrez à quel point la seconde moitié du 21ème siècle risque d’être chaude dans les pays musulmans et alentour, sachant que Dieu se soucie peu des frontières.
Dès lors, à l’aube du 22ème siècle, si le planning abrahamique est respecté, un genre d’édit de Nantes à la sauce islamique a toutes les chances d’être signé, marquant le commencement de la fin de la toute puissance du paramètre religieux sur la pensée d’homo sapiens-sapiens comme les autres, nés comme les autres pour évoluer vers leur humanité.
Cela posé, comme lâcha un jour d’inspiration paroxystique un de nos politiciens contemporains parmi les plus versés dans l’art de parler pour ne rien dire, « il faut donner du temps au temps ». Doux euphémisme quand on fait le décompte des pèlerins en goguette massés de nos jours encore sur la place St Pierre à l’occasion d’un quelconque festival «urbi, orbi, i tutti quanti » de El Bénito et ses Pantoufles Roses, 450 ans après le massacre de la St Barthélémy. Notons toutefois qu’on se trouve là plus dans le domaine du folklore que de la célébration d’un culte désuet qui, comme nous l’avons vu plus haut, a depuis longtemps déjà et pour les raisons que l’on sait, passé le relais à celui de l’Argent-Roi.
Notons également que les tremblotements de vieillard qui agitent actuellement une poignée de néo croisés ne sont qu’une réaction d’ordre épidermique à la présence de plus en plus marquée d’une foi concurrente plus jeune et d’autant plus vigoureuse sur leur pré carré. Il suffira que quelques siècles aient apaisé les ardeurs juvéniles des uns pour que s’éteignent les sénilités allergiques des autres.
Plus que 600 ans à se faire chier.
(1)Voir ici Moïse lave plus blanc