Les aventures de Moïse

 

28. Moïse, ministre de l’éducation nationale (quatrième partie)

 

-          Maîtresse, ils sont où, papa et maman ?

-          En train de gagner de l’argent.

-          Pourquoi faire ?

-          Entre autres pour te permettre d’aller à l’école laïque et obligatoire.

-          Pourquoi faire ?

-          Pour obtenir de meilleures notes que tes camarades et ainsi gagner plus d’argent qu’eux quand tu auras du poil au menton, tête de veau ! Mais trêve de bavardage, ce matin, leçon de mathématiques, la matière la plus importante comme vous le savez. Sortez vos cahiers et écrivez : sur les 24 heures à eux imparties par la pendule du salon et sachant que 8 heures de travail + 1 heure de pause-déjeuner + 2 heures de transport + 3 heures de télé(1)= 14 heures et que les enfants ont besoin de 10 heures de sommeil, combien de temps quotidien reste-il aux parents pour s’acquitter de leur tâche de parents ?

-          C’est quoi la tâche des parents, maîtresse ?

-          De ne pas dire « c’est quoi » devant leurs enfants, sachant que, en tout état de cause et belle soirée à vous, ils se mettront à leur tour à parler comme des cochons et, accessoirement, comme dit Claude Halmos (2), de les « initier à la loi humaine qui permet de vivre en société ».

-     Maîtresse, y a Britney, elle dit que ses parents à elle ils sont au chômage et donc…

-          Britney !!! Tu me copieras cent fois : «  Je ne dois pas prononcer de mots malpolis en classe ». Quant à tes feignants de parents, ils devraient avoir honte d’obliger les autres parents à faire des heures supplémentaires pour financer leurs tristes allocations d’encouragement à vivre aux crochets de la société. A propos ce n’est pas la peine de venir rôder du côté de la cantine ce midi. Notre leader bien aimé – longue vie à lui et à Talbin, son âne vénéré – a pris la décision sage autant que courageuse de ne plus nourrir les enfants de chôm…

-          Maîtresse !!!

-          Oh, excusez-moi, mes chers petits! La colère et l’indignation ont bien failli me faire lâcher à mon tour ce mot obscène !

 

Bien sûr que cette modeste scénette de la vie scolaire est un nouveau pur délire de ma part et que toute ressemblance avec des personnages ou des situations existants ou ayant existé….

Bien sûr qu’il reste les weekends pour permettre aux parents de partager avec leurs rejetons les joies de la vie de famille tout en les « initiant à la loi humaine qui permet de vivre en société ». Par exemple leur apprendre à remplir un chariot à Tcharfour, de le pousser de rayon en rayon sans faire exprès de heurter ceux des autres avant de poireauter aux caisses pendant une demi-plombe sans réclamer le paquet de bonbecs disposé en évidence sur la gondole de la dernière chance. De retour à la maison les mamans peuvent même instruire leurs fillettes dans l’art de la lessive ou de l’aspirateur hebdomadaire. Les enfants des familles les moins encrisées auront quant à eux le bonheur indicible de se taper quelques centaines de bornes en voiture, retour le dimanche dans la nuit pour profiter au mieux de l’indispensable résidence secondaire qui prouve que papa n’est pas un loser mais un grand guerrier dont l’absence pendant la semaine ne fut point vaine. Aux loupiots des classes un peu plus moyennes que les autres il restera la contemplation incrédule des « magnifiques » invités d’un Michou Truqueur en voie momification avancée avant de profiter de l’endormissement justifié des fauteurs de leurs jours pour s’éclater sur leurs consoles vidéo entre deux peaufinages de leurs « profils facebook ».

Encore plus sûr qu’il n’y a point de honte à être chômeur et que jamais, au grand jamais un enseignant n’a menacé un élève imperméable aux finesses de la preuve par neuf de voir un jour son nom grossir les listes des « assistés » de Pôle Emploi !

D’ailleurs, lorsqu’un éducateur laïc et obligatoire, par définition soucieux du développement harmonieux de la personne physique et morale en devenir que constitue son élève, quel métier il voudrait faire plus tard, il ne lui parle pas d’ « emploi » et, encore moins de compte en banque !

C’est donc un bien grand mystère si, plus il avance en âge, c’est-à-dire plus profondément l’éducation préhistorique moderne aura imprégné la « substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image » de son être et moins la réponse du questionné dépendra du métier en lui-même, de son adéquation à sa personnalité et à ses désirs, que de la quantité d’argent qu’il peut lui rapporter.

 

Toutefois, au cas totalement improbable où le mystère n’aurait point sa part dans tout cela, devrions-nous en conclure que le clivage éducation laïque / éducation religieuse qui continue d’alimenter les débats politico-mondains disparaît comme par enchantement dès qu’il s’agit de pognon ?

Et, insensés que nous sommes, conclure de cette conclusion que l’éducation « laïque »(3) est un leurre derrière lequel les principes fondamentaux de la culture abrahamique – domination/culpabilité – sont plus que jamais à l’œuvre ?

Un pur délire vous dis-je.

 

 

(1) statistiques 2011

(2) pédiatre radiotélévisuel en vogue, experte en enfonçage de portes ouvertes.

(3) « L’adjectif « laïque », dans son acception moderne, est dérivé du vocabulaire théologique : l’Église catholique distingue en effet parmi les chrétiens les laïcs, qui constituent la grande majorité des fidèles, et les clercs (évêques, prêtres, diacres), ministres ordonnés. Le mot « laïc » est toujours couramment utilisé dans l’Eglise, notamment par le concile Vatican II. » (Wikipédia)

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (5ème partie))

 

 

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27. Moïse, ministre de l’éducation nationale (troisième partie)

 

 

« Une des particularités de l’histoire de Moïse explique pourquoi elle diffère de toutes les autres légendes du même genre. Tandis qu’en général les héros, au cours de leur existence, s’élèvent au-dessus de leur médiocre condition initiale, Moïse, lui, débute dans sa vie héroïque en daignant se mettre au niveau des enfants d’Israël. »(1)

 

Freud, dont je recommande vivement la lecture de son « Moïse et le monothéisme »,  met ici le doigt sur le seul caractère véritablement innovant de l’abrahamisme par rapport aux religions/cultures qui l’ont précédé : alors que jusque là il n’était qu’un réservoir à main d’œuvre bon marché apte à grossir les rangs des armées et empiler de gros cailloux pour la plus grande gloire de ses maîtres, voici que le peuple devient soudain un « enfant » qu’il convient d’éduquer.

Dans le cas de Moïse, l’étymologie du mot « éduquer » est particulièrement intéressante. Je vous la refile à tout hasard :

« Du latin educare (« former », « instruire »), lui-même fréquentatif du verbe educere (« faire sortir », « mettre dehors »), composé de ducere (« conduire », « mener ») avec le préfixe ex (« en dehors »). »

Dans un premier temps, le prophète biblique « fait sortir » son peuple d’Egypte (educere) puis le « mène » aux portes de Canaan (ducere) avant de lui transmettre les principes divins de son Deutéronome à un euro, c’est-à-dire avant de l’« éduquer » au sens préhistorique moderne du terme (educare). Et c’est bien là où le bât blesse. En effet, autant il semble naturel d’instruire un enfant, ne serait-ce que pour lui permettre d’acquérir les moyens de survivre physiquement dans un monde potentiellement dangereux, autant la formation des adultes est fort sujette à caution lorsqu’elle n’a strictement rien de professionnelle !

J’irai plus loin en affirmant que, en digne précurseur de nos « duces » (=meneurs, donc) morbides portés au pouvoir par des politichiens avides de susucres, justifiés dans leurs âneries culpabilisantes par des flopées d’éconofumistes toujours flattés qu’on leur demande leur pauvre avis, à la télé si possible, le gars Moïse, en prétendant éduquer son peuple, ne fait au contraire que le maintenir dans un statut navrant de dépendance ombilicale, voire, le cas échéant, l’infantiliser au plus haut point.

Résultat, 2400 ans plus tard, grâce à des techniques de lavage de cerveau sans cesse renouvelées, d’abord par les Chrétiens :

Evangile de Matthieu, 18.3  :

« Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »

…puis par les Musulmans qui, retour aux sources oblige, se définissent comme les véritables « enfants d’Israël », à jamais soumis à la volonté divinopaternelle :

[2:40] La vache (Al-Baqarah) :

« Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés. Si vous tenez vos engagements vis-à-vis de Moi, Je tiendrai les miens. Et c’est Moi que vous devez redouter. »

 

la culture abrahamique du refus collectif de parvenir au statut d’adulte quand, au contraire, tout homo sapiens-sapiens qui se respecte a non seulement le droit mais le devoir, génération après génération et ça prendra le temps que ça prendra, d’aider à l’évolution de son espèce une et indivisible vers sa dimension spécifiquement humaine, a aujourd’hui atteint des sommets névrotiques qui feraient le régal de tonton Sigmund:

« Je demeure persuadé que les phénomènes religieux sont comparables aux symptômes névrotiques individuels, symptômes qui nous sont bien connus en tant que répétitions d’événements importants, depuis longtemps oubliés, survenus au cours de l’histoire primitive de la famille humaine… »(2)

 

 

(1)Sigmund Freud (1939), Moïse et le monothéisme (trad. française, 1948), p12

(2) ibid, p43

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (4ème partie))


 

 

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26. Moïse, ministre de l’éducation nationale (deuxième partie)

 

« Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur, car cela est juste. »

Epître de Paul aux Ephésiens, 6.1

 

Attardons nous un bref instant au registre des conjectures d’ordre chronologique et songeons avec attendrissement aux pioupious musulmans actuels dont l’éducation repose sur une superst…voilà que ça me reprend…une religion, veux-je dire, de 600 ans plus récente que celle de l’homme à la papa-mobile …donc à un stade de son développement comparable à celui du christianisme médiéval, si riche en anecdotes dignes d’une foi jeune et vigoureuse : ah ! Les Croisades, les massacres d’hérétiques, les supplices inventifs de la Très Sainte Inquisition, sans parler des sympathiques crêpages de chignons entre potes croyants… Ah ! La St Barthélémy ! Pourtant, sachons vivre avec notre temps et avouons que, même si les Mormons évoqués précédemment continuent à porter haut les couleurs d’une Bible pure et dure, les taquineries bon enfant entre extrémistes chiites et sunnites à base de kamikazes bardés d’explosifs et de mauvaises croyantes lapidées à mort redonnent quand même un coup de jeune à l’abrahamisme en général non?

 

Si, mais revenons, voulez-vous, à nos moutons (de Panurge). Le fait que la culture de la domination des uns sur les autres sur fond de culpabilité originelle ait réussi à traverser les millénaires avec autant de réussite, au point d’engendrer les archétypes que nous savons, est dû avant tout à la puissance de son vecteur de transmission intergénérationnel. En vérité je vous le dis, l’éducation des enfants n’a jamais fait dans la dentelle. Le pouvoir des parents sur leurs enfants, à l’image de celui de Dieu sur ses créatures est ABSOLU. A toi Momo !

 

Deutéronome, chap 21

 

« 18. Si un homme a un fils indocile et rebelle, n’écoutant ni la voix de son père, ni la voix de sa mère, et ne leur obéissant pas même après qu’ils l’ont châtié,

19. le père et la mère le prendront, et le mèneront vers les anciens de sa ville et à la porte du lieu qu’il habite.

21. Et tous les hommes de sa ville le lapideront, et il mourra. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi, afin que tout Israël entende et craigne. »

 

En accord avec Henri Laborit (lisez-le, apprenez-le par cœur etc…), et uniquement sur ce point (tu m’étonnes, Ayrton!) Al-Ghazālī, penseur musulman (1) du 12ème siècle affirme que  l’enfant est « une substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image….. Elle reçoit tout ce qu’on y grave, elle s’incline là où on l’incline »(2). Après Moïse, Al-Ghazālī en conclut qu’il faut se dépêcher de lui inoculer sa dose de prêchi-prêcha, coranique en l’occurrence, à coups de pompe dans le cul si nécessaire. Laborit, quant à lui, se borne à constater que, profitant de leur « virginité psychosomatique » « lorsque les parents sont persuadés que le bonheur s’obtient par la soumission aux règles imposées par la structure socio-économique, il est compréhensible qu’ils imposent à leurs enfants l’acquisition coercitive des automatismes de pensée, de jugement et d’action conformes à cette structure. » (3)

J’espère avoir démontré au long des pages qui précèdent que la « structure socio-économique » sur laquelle repose notre culture en perdition est l’application pratique de principes mystiques douteux autant que contradictoires imposés aux ancêtres de nos ancêtres par ce que nous appellerions aujourd’hui une « secte ». Une secte multirécidiviste ayant usé à chaque fois, pour parvenir à ses fins, des mêmes grossières ficelles (violence, chantage au paradis etc…) que celles en vogue actuellement chez les « scientologues », « raëliens » et autres templiers solaires pour la plus grande joie de nos merdias préhistoriques modernes en manque de scoops.

Dès lors, en admettant que des parents aient la bonne idée de ne pas lui imposer ouvertement le cursus abrahamique en vigueur dans les environs immédiats, c’est donc à travers la «soumission aux règles imposées par la structure socio-économique » que la chair de leur chair sera bon gré mal gré initiée aux finesses du monothéisme de marché. Chassez l’Eternel, il revient au galop.

 

 

(1) et anti-aristotélicien convaincu, ce qui va sans dire…

(2) Ibn Khaldun (1332-1406) va dans le même sens : « apprendre pendant le jeune âge, c’est comme graver sur du marbre.  En effet, rien ne s’enracine plus fortement dans l’esprit que ce qu’on a appris dans son enfance : tout le reste se construira là-dessus.»  Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères.

(3) Mon oncle d’Amérique

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (3ème partie))

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25. Moïse, ministre de l’éducation nationale (première partie)

 

 

En matière de télévision un rien m’amuse. A défaut d’un débat politique entre Bonnets Blancs et Blancs Bonnets sous l’égide de la troublante Arbalète Chameau ou de l‘impressionnant lèche-cul gnomiforme dont j’oublie toujours le délicieux patronyme – Pyjamas ? Purgodas ? – ou, mieux, du dernier bêtisier en provenance des éconocomiques de pointe, je ne sais pas dire non à un petit documentaire sur le « créationnisme ».

Très tendance en ces jours d’incertitude ontologique, l’idée selon laquelle l’espèce humaine a été créée en un tournemain voici à peine 6000 ans sur un coup de tête divine implique qu’Adam et sa descendance n’ont strictement rien à voir avec, bien sûr, les espèces animales bricolées la même semaine par un démiurge décidément hyperactif, ni même avec la petite Lucy qui, à en croire les délires d’une poignée de gratouilleurs de squelettes, soufflerait aujourd’hui ses 3,4 millions de bougies.

 

Conclusion : bibliquement parlant, le principe de domination qui, cf H. Laborit, préside au fonctionnement de notre cerveau ne serait aucunement imputable à l’instinct de survie hérité d’improbables aïeux cavernicoles en butte à la sauvagerie d’un monde où le vivant d’à côté, mammouth ou collègue bipède hirsute, représentait forcément un danger sinon un apport toujours bienvenu en protéines. Quant aux causes de notre fâcheuse propension à considérer les femmes comme des machines à « croître et à multiplier » il serait, dès lors, évidemment absurde de les rechercher dans la crainte toute darwinienne de voir notre espèce disparaître.

Conclusion de cette conclusion : c’est la volonté de Dieu et elle seule qui fait de Ses créatures les gros cons polygames, violeurs et xénophobes jusqu’à l’anthropophagie (1) qu’une foi sans tache leur enjoint, sous peine de très gros ennuis dans ce monde et dans l’autre, de ne jamais, au grand jamais, cesser d’être.

Reste à faire passer le message aux siècles des siècles. Comment ? Mais grâce à une éducation sans faille, bien sûr ! Une éducation qui, reconnaissons-le, n’a jusqu’ici cessé de faire des merveilles. Et pas que chez les Mormons !

 

« Devenus créatures nouvelles, en renaissant de l’eau et de l’Esprit Saint, appelés enfants de Dieu et l’étant en vérité, tous les chrétiens ont droit à une éducation chrétienne. Celle-ci ne vise pas seulement à assurer la maturité ci-dessus décrite de la personne humaine, mais principalement à ce que les baptisés, introduits pas à pas dans la connaissance du mystère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père en esprit et en vérité »(2)

 

Compris, les Abrahamistes vaticanocompatibles ? Bien élever vos lardons consiste accessoirement à leur « assurer la maturité de la personne humaine », ce qui ne veut rien dire, mais « principalement » à leur apprendre à « adorer Dieu le Père en esprit et en vérité ».

Et dire que ce « gravissimum » ( !) machin chose destiné aux chrétiens bon chic bon genre ne date que de 1965 ! Ca laisse rêveur quant au lavage de cerveau auquel les pioupious médiévaux étaient soumis, sans parler des effets sur l’inconscient collectif, hein Carl Gustav ?

 

 

(1) « …et tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que l’Éternel, ton Dieu, t’aura livrés. » Deutéronome 20.14

 (2) Déclaration Gravissimum educationis momentum promulguée le 28 octobre 1965

 

 

(à suivre : Moïse, ministre de l’EN (2ème partie))

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24. Moïse pète sa crise (fin)

 

I repeat the question : et si nos yeux ne nous mentaient pas ?

Si, plus nos Gentils Prêteurs Anonymes insistaient pour nous faciliter l’accès aux rivages radieux d’un indicible bonheur, plus on s’enfonçait dans le caca ?

Et d’abord pourquoi sont-ils anonymes, tous ces bienfaiteurs de la société ? Pourquoi se cachent-ils derrière des appellations comme « banques », « marchés », « fonds de pension » i tutti quanti ? De deux choses l’une : soit leur sens de la charité est tel que leur sacrifice ô combien altruiste ne souffre pas le moindre remerciement nominatif, soit derrière ces termes génériques se profilent, comme je l’ai déjà dit et répété, une belle brochette d’escrocs endimanchés dont la devise se rapproche du « pour vivre heureux vivons cachés » du neveu par alliance de Voltaire, Jean-Pierre Claris de Florian, né près de Sauve à Logrian, le 6 mars 1755.

Une autre question, d’importance celle-là, est : jusques à quand va-t-on laisser ces fripouilles en col blanc continuer à miner un circuit économique qui, si on s’en tient aux cogitations du grand Aristote, a tout à perdre à faire de sa monnaie un produit comme un autre. Tout.

Pour nous en convaincre, Aristote, citant Ovide, nous remémore la mésaventure d’un certain Midas, roi de son état, qui, ayant sauvé la vie du fils de Bacchus, reçut de ce dernier le droit de formuler un vœu que le dieu s’empressa d’exaucer : désormais tout ce que Midas toucherait serait aussitôt transformé en or. Si, dans un premier temps, Midas fut ravi de ce pouvoir merveilleux, il ne tarda pas à déchanter. Et pour cause ! Même les aliments qu’il portait à sa bouche prenaient la consistance du fabuleux métal. Si Bacchus, bon zigue, n’avait pas accepté de reprendre le pouvoir qu’il avait octroyé au roi peu avisé, Midas serait mort de faim.

En d’autres termes, un champ de pognon, aussi habilement cultivé soit-il et, de ce côté-là, on peut faire confiance à la SARL Abraham & Fils, n’a jamais nourri son homo sapiens-sapiens. Le commerce de l’argent, éminemment lucratif pour ceux qui s’y livrent, ne produit aucun bien susceptible de répondre aux besoins fondamentaux de l’espèce humaine.

Le pauvre Aristote s’arracherait les cheveux jusqu’au dernier s’il apprenait que, ces trente dernières années, la masse des biens réels n’a que quadruplé alors que la masse monétaire(1) s’est multipliée par quarante (2). Je ne sais pas pour la vôtre mais, au cours des trois dernières décennies, la « masse monétaire » dont je dispose, en personne et personnellement, loin de se multiplier par quarante, aurait plutôt eu tendance à se diviser ! Les choses en iraient différemment si j’étais actionnaire d’une banque ou d’un fonds de pension …

Et c’est bien là le problème. Non seulement les GPA, dont le seul effort est de tourner en rond dans leur bulle schizophrénique en ramassant un peu plus à chaque tour, ne participent en rien à la création de nouvelles richesses pourtant indispensables à la survie de la planète mais la quantité de monnaie ainsi accumulée leur permet de faire main basse sur les richesses existantes (métaux nécessaires à l’industrie, semences pour l’agriculture, sources d’énergie, EAU…) pour les revendre ensuite (à crédit, si possible !) 10, 20 ou 30%  plus cher. Et tranquillement conduire le monde à la famine.

Alors non, j’ai bien peur que nos yeux ne nous mentent pas et que ce que politiciens véreux et économistes embrumés persistent à nommer « crise » soit (en tout état de cause et très belle soirée à vous) la phase de mûrissement ultime d’un furoncle économico-archétypal qu’il est plus que temps de presser une bonne fois pour toutes avant l’empoisonnement généralisé de nos fonctions évolutives.

 

 

(1) « La masse monétaire d’un pays ou d’une zone économique est l’ensemble des valeurs susceptibles d’être converties en liquidités, c’est l’agrégat de la monnaie fiduciaire, des dépôts bancaires et des titres de créances négociables, tous susceptibles d’être immédiatement utilisables comme moyen de paiement. » (Wikipédia)

(2) d’après des statistiques datant de 2007. Qu’en est-il en 2011, d’après vous ?

 

 

(à suivre: Moïse, ministre de l’éducation nationale)

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23. Moïse pète sa crise (septième partie)

 

 

Vu la facilité avec laquelle les banques, fonds d’investissement et autres vendeurs d’argent ont toujours su persuader les instances politiques du caractère bénéfique autant qu’indispensable de leur rôle dans l’économie des nations, on en viendrait presque à accuser nos yeux de nous mentir ! Quelle baisse du pouvoir d’achat ? Quelle montée du chômage ? Comment ça les médicaments trop chers découragent les gens de se soigner ?

-          Mais tout ça c’est la faute aux 35 heures ma pauvre dame ! Et à tous ces tricheurs qui nous plombent la Sécu!

-          Quel égoïsme ! Non mais vous vous rendez compte ? En pleine crise ! …Qu’on sait même pas d’où qu’elle nous arrive, la salope… Un peu comme le sida, je dirais…

-          Y a de ça, oui…Alors si, pour couronner le trou les GPA nous abandonnent…

-          Les GPA ?

-          Les Gentils Prêteurs Anonymes ! C’est grâce à eux qu’on arrive encore à mettre un peu de blé dans nos épinards, comme disait si joliment Bernard Hinault…

-          Ah ! Quel coureur c’était !

-          Oui, et quel poète ! C’était le bon temps ! Y avait pas la crise à l’époque !

-          Putain de crise !

 

 

Et si nos yeux ne nous mentaient pas? Si, malgré le bourrage de crâne auquel nous sommes soumis quotidiennement, la soi-disant « crise de la dette » était en fait une « crise » engendrée par la « dette » ?

Crise entre guillemets parce que, depuis le temps que dure – et s’accentue – le marasme économique qui nous accable, il ne répond plus aux définitions données par les dictionnaires au mot « crise », parmi lesquelles on trouve : « changement subit », « manifestation soudaine », « accès bref et violent ».

Dette entre guillemets parce que, toujours selon les dictionnaires, ce terme implique une notion d’« obligation morale » que la situation actuelle ne justifie aucunement. Au contraire ! Comment la victime d’une escroquerie peut-elle « devoir » quoi que ce soit à l’auteur de l’escroquerie en question ?

 

Prenons l’exemple d’une société « S »composée de 3 individus  que nous appellerons « A », « B » et « C » (. (ça marche aussi avec 7 milliards mais il n’y a que 24 lettres dans l’alphabet). Au temps T1, basée sur le système aristotélicien (1) de la production/consommation de biens et de services échangés par le biais d’une monnaie ne devant servir qu’à cet usage, l’économie de S roule comme sur des roulettes puisque A, B et C, disposant d’un budget mensuel moyen de x CN (CN= Crottes de Nez, la monnaie en vigueur en S), le dépensent dans son intégralité et selon les priorités de chacun (nourriture, logement, habillement,  soins, plus quelques fantaisies sans lesquelles la vie serait bien morne)… En citoyens honnêtes et conscients de leurs devoirs envers les autres, A, B et C s’acquittent également de leurs impôts sur le revenu et leurs cotisations de retraite, cela va sans dire.

 

Hélas, au temps T2, ayant découvert en lisant la Torah, à moins que ce soit les Evangiles ou encore la Sunna, qu’il y avait peut-être moyen de noyer son angoisse métaphysique dans la pratique assidue de la domination sur le voisin, B décide de se rationner pendant quelques temps …et de PRÊTER les CN ainsi mis de côté. C’est-à-dire de les VENDRE au prix de l’intérêt pratiqué.

Examinons les réactions en chaîne sur l’économie de S engendrées par cette conversion de B à la chrématistique (2), contre laquelle Aristote s’élève avec la plus grande vigueur. Dans l’ordre :

a)       une chute des ventes correspondant au montant des CN détournés du circuit économique  par B – il apparaît évident qu’on ne peut pas à la fois « économiser » et acheter – avec, en réponse,

b)       une baisse de la production dans les secteurs concernés donc une menace sur l’emploi dans ces secteurs.

c)       A ou C, ou les deux, contraints au chômage ne sont plus en mesure d’acheter, i.e : de tenir leur place dans le circuit production/consommation, ni de payer autant d’impôts/cotisations diverses qu’avant les tripatouillages de B, malgré les emprunts à eux « consentis » (quelle dérision !) par ce dernier (des derniers). (3).

 

Ce qui, lentement mais sûrement, nous transporte au temps T3, le nôtre, où, non content d’avoir pourri la vie de tout le monde à titre personnel et personnellement, B et la poignée de sangsues prêteuses qui se sont emparées de la combine, s’attaquent aux budgets « souverains » de nos modernes nations préhistoriques.

‘Tain !  Je sens que ça va me faire cher en guillemets, c’t’histoire !

 

 

(1) voir ici, Moïse pète sa crise (3ème partie)

(2) ibid.

(3) Vu à la télé : en cette veille d’anniversaire de la naissance de Jésus un organisme de crédit propose un prêt pour acheter des cadeaux à mettre sous le sapin. C’est-y pas mignon !

 

 

(à suivre : Moïse pète sa crise (fin))

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Les aventures de Moïse

 

22. Moïse pète sa crise (sixième partie)

 

« Il faut dispenser une éducation adaptée à chaque constitution. » Cette éducation doit comprendre des matières utiles, mais pas avilissantes, l’objectif général de cette éducation étant de devenir apte à une vie de loisir. » ( Aristote, Politiques, Livre VIII).

 

 

Aristote n’était pas qu’un imbécile. Il n’avait pas attendu Jung pour comprendre que, au mépris des lois de l’anatomie enseignées dans les écoles, le talon d’Achille de l’homo sapiens-sapiens c’était son cerveau.

Comme sa forme le suggère, notre cerveau est une éponge. Trempez le dans une savante mixture de péché originel aromatisé à la peur du lendemain – avec possibilité de rédemption si domination bien comprise et assumée  sur l’ « étranger », source de tous nos maux – et vous obtenez, en permanence, des guerres territoriales à n’en plus finir et, ponctuellement, pour varier le plaisir, comme c’est le cas aujourd’hui, des « crises » économiques venues d’ailleurs pour égorger nos fils et nos compagnes.

Alors, jamais on se pose des questions ?

Jamais on se répond qu’un dieu qui cause pognon sans arrêt et fait de l’arnaque de son « prochain » le top de l’activité humaine ne fait que jouer sur l’égoïsme animal d’une espèce pourtant à même, si on veut bien lui en donner les moyens, de se transcender et donner le meilleur d’elle-même pour enfin passer au stade suivant de son évolution ?

Jamais on s’aperçoit qu’une poignée de rigolos, de « croyants », surtout en leur petit trou de balle, et se pensant tellement plus malins que les autres, nous ont embarqués sur une galère qu’ils se montrent, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, totalement incapables de mener à bon port, à moins de nous faire ramer comme des perdus pour leur sauver la mise sans pour autant récupérer la nôtre ?

Mais, surtout, jamais on se regarde dans une glace, en personne et personnellement ? Parce que c’est bien joli de défiler sur les boulevards en braillant des slogans qui stigmatisent, à juste titre, les susdits rigolos qui ne font rire qu’eux-mêmes.  Mais si c’est pour rentrer ensuite à la maison – pour les veinards qui en ont encore une – s’abrutir le neurone devant les commérages pathétiques d’une blondasse à 70 000 euros mensuels en espérant enfin gagner au loto et connaître à son tour les joies ineffables de l’Âge de l’Argent… Il est vrai que ce serait « magnifique », comme dit M. Truqueur, l’ami des stars, vautré sur son divan de psy, s’évertuant dans la joie et la bonne humeur à faire aboutir une thérapie de groupe hebdomadaire qui nous tient en haleine depuis à peine quelques décennies. Comme tu as raison mon Mimi !  « Vivement dimanche ! » Notre dimanche éjaculatoire quinquennal ! Quand on pense que, dans moins de six mois maintenant, on va enfin pouvoir commencer à être heureux comme des fous, loto ou pas… C’est pas parce que près de la moitié des Espagnols viennent de prouver leur coupable démotivation, voire leur inconséquence criminelle, en boudant les urnes du salut démocratique que nous autres, inventeurs du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, on va se refuser celui de choisir par qui se faire rouler dans le bonheur.

Mais revenons-en à la « crise de la dette » qui préoccupe tant nos maquereaux au vin de messe et, accessoirement, expose l’homo sapiens-sapiens moyen à la misère. Au risque de décevoir les valeureux politichiens de tous bords autant que les éconalarmistes les mieux documentés et d’envoyer tout ce beau monde se faire voir chez Pôle Emploi, le temps est venu pour moi de vous faire une confidence :

 

                              LA  « DETTE  SOUVERAINE »  N’EXISTE  PAS .

 

…Pas ailleurs que dans la tête d’une poignée de crapules internationales dont la survie dépend uniquement de leur aptitude à nous convaincre de sa réalité.

 

 

 

(à suivre : Moïse pète sa crise (7ème partie) )

 

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Les aventures de Moïse

 

21. Moïse pète sa crise (cinquième partie)

 

Alors les homo sapiens-sapiens, ou ce qu’il en reste, qu’est-ce qu’on fait ?

On se trimballe ce gros sac de chardons fermentés de Talbin aux siècles des siècles sous prétexte qu’il a été inventé par le Grand Prêteur Dominateur en personne et personnellement ? Pourquoi pas?

 

Suite du discours du boss en vue de faire construire une charrette pour transporter son âne :

« …Bipèdes, bipèdes ! Les autres bosses et moi-même avons pigé plein de trucs entre les dernières augmentations d’impôt et celles qui arrivent. Entre autres que c’est parce qu’il y a de plus en plus de pauvres que les riches sont de moins en moins nombreux et que ça ne profite à personne alors si les pauvres ils voudraient bien, au point où ils en sont, laisser leurs slips au comptoir, nos hôtesses feront le tri, merci à tous et bonne crise !  Ah ! J’allais oublier… Pour Talbin je pense que le mieux, à moins de vouloir que, privée de son seul guide dans ce monde à la dérive, notre civilisation s’effondre comme un chapeau de carpe, c’est de lui bricoler vite fait, son traîne-con. Pourquoi-parce que quand on croît pas on décroît et que chacun se doit de porter la sienne. C’est pas simple je sais, même si, moi, j’ai compris tout ça depuis longtemps vu que je suis hyper intelligent. Sauf que, comme j’ai pas que ça à faire de toujours tout vous expliquer, je vous ai amené des potes qui swinguent pas mal non plus. On les voit sur toutes les télés en ce moment….

 

Chœur des Economistes :

« Surgie des profondeurs de l’immense l’Univers

Pareille à la Comète qui effrayait nos Pères

Juste rétribution de nos péchés infâmes

Fondant sur nos enfants, nos chats, nos chiens, nos femmes,

Fléau dévastateur qui vide les frigos

Dépouille les mamies de leurs maigres lingots,

Ton nom, qu’il soit maudit, est sur toutes les lèvres

Redouté, obsédant jusqu’à nous rendre chèvres,

Matin, midi et soir, tu es notre hantise !

 

Ô Crise ! »

 

…C’est pas moi qui le dis, hein, les bipèdes ? C’est les Econonos qui le dit ! Et ils sont été aux écoles les Econonos ! Et à la synagogue ! Et à l’église ! Et à la mosquée ! C’est pour ça qu’il faut bien les écouter, les Econonos et se retrousser les manches pour bien rembourser tout ce qu’on doit à qui qu’on le doit, en personne et personnellement :

 

«T’as fait des dettes Odette

Tu tiens mal ta maison

T’as fait des dettes, Odette

Tu iras en prison»

 

Mais surtout en tant qu’encartés d’une nation souveraine et, je vous le demande, qu’est-ce que ce serait si elle serait pas souveraine notre belle nation ? Hein ? Pourquoi-parce que et toutes ces sortes de choses et c’est l’heure du biberon du petit alors va falloir que j’y vais, en tout cas, pour Talbin, j’ai bien peur que vous avez pas l’anchois, ni dans la date ni nulle part à moins que vous voulez me mettre la honte d’être le boss d’une bande de voleurs que Standard & Poor’s ils vont nous dégrader notre race maudite et que ça sera bien fait pour…»

 

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .

 

Avec tout le respect dû au boss, son âne ainsi qu’à sa fine équipe de savants de Marseille ou d’ailleurs, je me demande pourtant s’il n’y aurait pas une autre façon de considérer les choses.

 

 

(à suivre: Moïse pète sa crise (6ème partie))

 

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Les aventures de Moïse

 

20. Moïse pète sa crise (quatrième partie)

 

Je ne me sens pas plus grec qu’un autre mais les résidus de vagues traces d’instinct de survie qui me remontent parfois comme un rot de bébé, me communiquent, en ces heures incertaines, le sentiment désagréable d’avoir été roulé dans la féta.

C’était il y a environ 2400 ans et ça faisait déjà un bail qu’à la vue de mes armes de plus en plus sophistiquées les bêtes sauvages filaient se cacher au fond des bois. L’âge venant, poussé par un certain besoin de confort matériel, j’avais laissé tomber le camping pour me sédentariser dans un petit coin sympa. J’avais même fini par m’entendre avec mes voisins, au point de tenter quelque chose avec eux.

On appelait ça la «cité».

Comme le simple fait de nous regrouper ne nous empêchait pas d’avoir besoin de nous nourrir, de nous vêtir, de nous soigner, de protéger nos vieux jours, on avait mis au point une économie (*) assez pointue. Je peux vous dire que, il y a 2400 ans on ne doutait de rien ! Le plus cinglé c’était que ça avait l’air de fonctionner, notre machin.

En plus de vouloir optimiser les échanges de produits nécessaires à la vie des citoyens au moyen d’une monnaie de pure convention et appelée à demeurer telle, on avait décidé de plancher deux secondes sur une politique à adopter. On était vite tombé d’accord avec Aristote qui venait d’ouvrir une école de philosophie pas loin. Pour lui la cité se devait de répondre à l’exigence de justice permettant au citoyen d’atteindre son «humanité». Du coup, si les techniques liées au bien-être physique des citoyens (maths , médecine, plomberie-chauffagisme…) n’étaient pas négligées pour autant, l’éducation aristotélicienne visait surtout à enseigner à sa jeunesse la science d’occuper sa tête au mieux de ses capacités, pendant les temps de loisirs qu’une économie maîtrisée ne manquerait pas d’allonger au fil des siècles.

Pour Dieu, tout ça, et en faisant bien gaffe à ne pas s’énerver, on pouvait toujours lâcher une vanne ou deux  à l’apéro mais c’était pas essentiel. Après un ou deux pastis, on préférait causer Logique ou Philosophie en tapant dans la boule. Darwinement parlant, mis à part le douloureux problème de l’esclavage, m’est avis qu’on n’était pas loin de réunir le top des conditions de survie de l’espèce homo sapiens-sapiens de l’époque.

Oui et non, vous me direz, puisqu’on s’est quand même fait piler. Tout à notre souci évolutif, à notre désir d’humanité, on avait simplement oublié que les Romains, culture encore coincée à l’étage baston i tutti quanti et d’autant plus qualifiée dans ce domaine, s’étaient mis en tête de faire construire chez nous en grand nombre, renvoyant aux calendes nos plans de civilisation haut-de-gamme.

Et c’est rien en comparaison des Chrétiens quand ils se sont mis à débouler à leur tour, les siècles suivants, introduisant pêle-mêle dans nos officines le suppositoire du monothéisme libéral triomphant, le sirop du «sauve-qui-peut et chacun-pour-soi !» de l’après péché originel, les gélules du «dans le doute, autant faire un max de thune avant le retour du Sauveur» (de l’anglais to save = économiser).

Total : dès le premier siècle, de Corinthe à Athènes, l’apôtre Paul remplissait des gymnases entiers. A la grande satisfaction de la SARL Abraham & Fils, en plein lancement de son nouveau label,  la Grèce s’en trouva christianisée en un temps record. Aristote ne pouvait pas lutter contre l’Eternel. Je le revois, petit vieillard fané, refermant, désabusé, les portes de sa bibliothèque. La chrématistique aurait bientôt entièrement vampirisé l’économie. L’humanité pouvait attendre et les banquiers se mettre au boulot.

Roulé dans la féta.

 

 

(*) du grec ancien oikonomía : « administration d’un foyer », créé à partir d’oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume »

 

(à suivre: Moïse pète sa crise (5ème partie))

 

 

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Les aventures de Moïse

 

19.  Moïse pète sa crise (3ème partie))

 

 

«…on voyait de l’or fondu s’écouler de sa bouche entrouverte.»

Ovide, Métamorphoses 11, 100-130

 

Il est tout de même étonnant de constater que l’équipe de bipèdes la plus sollicitée par l’actualité de ces derniers mois en vue de soustraire Talbin aux lois de la pesanteur, la «race» (si vous me croyez pas demandez à Henri Graetz !) (1) la plus désormais vilipendée pour sa malhonnêteté – on leur prête des sous et ils veulent pas rembourser, ces espèces de sodomites ! –  les «pouilleux» du jour, c’est qui ? Je vous le prête en mille à 5,4 %,….ce sont les… LES DESCENDANTS D’…ARISTOTE !!!

-          Bon et alors ?» Me répondez-vous, incultes.

-          Aristote !!! L’auteur-compositeur interprète du concept de chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) : l’art de s’enrichir, d’acquérir des richesses…Il disait que c’était «une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s’y livrent»…

-          Il avait pas lu le Pentatruc alors ?

-          Le Pentateuque ? Ben non vu qu’il était à peine fini d’imprimer… Non les amis, Aristote c’était plutôt genre les Six Clopes de la mère Cure, Œdipe Purple et les slips Athéna contre l’Olympiakos du Pirée… une chose est certaine et, là-dessus on peut faire confiance à Henri : il n’était pas juif.

Que nenni! Pour Aristote, et pour Platon et quelques autres «étrangers» qui n’avaient pas encore reçu le catalogue Abraham & Fils, il n’était pas question de confondre le moyen et la fin. Reconnaissons que, si on avait écouté ces utopistes avant l’heure, Talbin n’aurait pas aujourd’hui à encourir les affres de l’obésité ni du diabète ni du cholestérol. Il ferait son boulot d’âne. Bien gentiment. Il irait où on irait et pas le contraire. Et surtout il ne nous obligerait pas à le porter.

A en croire les ancêtres de nos actuels losers en charentaises à pompons, pour qu’une économie tourne bien il est justifié d’établir une échelle de mesure – en l’occurrence l’argent  - rendant possible «l’échange des valeurs d’usage en vue de satisfaire la vie».

A l’inverse, l’accumulation de ce simple médium transactionnel – «bagatelle et pure convention légale, sans fondement dans la nature, puisqu’un changement de convention parmi ceux qui s’en servent lui ôte toute valeur»(2) – ne doit en aucun cas devenir un objectif.

.…Sous peine d’Apocalypse selon St Nicolas («protecteur des enfants, des veuves et des gens faibles») (c’est lui qui recolle les bambins que le vilain ogre il a découpés et mis au saloir, dans une comptine de mon enfance dont le titre m’échappe).

Aristote nous explique que l’argent n’est pas une marchandise comme les autres. Ni une marchandise tout court. C’est aller contre la nature même de l’argent que chercher à en vendre ou en acheter. En cela, la culture qu’il propose est en rupture totale avec la pensée abrahamique.

Pour mémoire (3) :

Deutéronome 15.6  «L ’Éternel, ton Dieu, te bénira comme il te l’a dit, tu prêteras à beaucoup de nations, et tu n’emprunteras point ; tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront point sur toi.»

Et gardons à l’esprit que, dans les statuts de la SARL Abraham & Fils, «prêter», c’est, de facto, «prêter à intérêt» :

Deutéronome 23.20  «Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère.»

 

Pour faire bref et imagé, abrahamistiquement parlant, «prêter» (sous quelque forme que ce soit) c’est vendre de l’argent au quart, au double, au triple – chef arrêtez tout ! on rentre dans l’ «usure» ! – de son «prix».

Et hop ! Vas-y que, partant de là, je te «domine» à l’aise et largement ! Vu que même s’il y a un chouïa de manque à gagner sur le dos des frangins (0,2%), côté «étranger» ça fait du monde quand même à «tirer un intérêt» de !

Cela dit, de nos jours modernes, y en a des, chez les neveux (33,6%) qui ont fini par piger le truc et qui ma foi, ne se débrouillent pas trop mal,… Pareil le long de la branche «demi-frères» (20,28 %) qui vient de se mettre au business et que, après un temps d’adaptation et beaucoup de pétrole, ça commence à ressembler à quelque chose, côté «fonds de pension» et autres.

Le plus marrant c’est que les tout-derniers convertis, sinon à l’Eternel lui-même et personnellement, au moins à son expérience en matière de domination, sont, eux, des «étrangers» pur souche !

…Des tout-derniers convertis qui, à peine débarqués dans le vif de la préhistoire en temps réel, se mettent à prêter/dominer à qui mieux mieux ! A NOUS prêter/dominer !

Des communistes en plus !!!

La honte.

 

 

 

(1) «La race latine n’a produit et donné au monde qu’une police bien organisée et une bonne tactique. Seuls, les Grecs et les Hébreux ont fondé la véritable civilisation.» Nous laissons l’entière responsabilité de son dire à : Henri Graetz, Histoire des Juifs (Introduction)

(2) Aristote, les Economiques

 (3) voir chap1  Moïse et la dette souveraine.

 

 

( à suivre : Moïse pète sa crise (4ème partie))

 

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