28. Moïse, ministre de l’éducation nationale (quatrième partie)
- Maîtresse, ils sont où, papa et maman ?
- En train de gagner de l’argent.
- Pourquoi faire ?
- Entre autres pour te permettre d’aller à l’école laïque et obligatoire.
- Pourquoi faire ?
- Pour obtenir de meilleures notes que tes camarades et ainsi gagner plus d’argent qu’eux quand tu auras du poil au menton, tête de veau ! Mais trêve de bavardage, ce matin, leçon de mathématiques, la matière la plus importante comme vous le savez. Sortez vos cahiers et écrivez : sur les 24 heures à eux imparties par la pendule du salon et sachant que 8 heures de travail + 1 heure de pause-déjeuner + 2 heures de transport + 3 heures de télé(1)= 14 heures et que les enfants ont besoin de 10 heures de sommeil, combien de temps quotidien reste-il aux parents pour s’acquitter de leur tâche de parents ?
- C’est quoi la tâche des parents, maîtresse ?
- De ne pas dire « c’est quoi » devant leurs enfants, sachant que, en tout état de cause et belle soirée à vous, ils se mettront à leur tour à parler comme des cochons et, accessoirement, comme dit Claude Halmos (2), de les « initier à la loi humaine qui permet de vivre en société ».
- Maîtresse, y a Britney, elle dit que ses parents à elle ils sont au chômage et donc…
- Britney !!! Tu me copieras cent fois : « Je ne dois pas prononcer de mots malpolis en classe ». Quant à tes feignants de parents, ils devraient avoir honte d’obliger les autres parents à faire des heures supplémentaires pour financer leurs tristes allocations d’encouragement à vivre aux crochets de la société. A propos ce n’est pas la peine de venir rôder du côté de la cantine ce midi. Notre leader bien aimé – longue vie à lui et à Talbin, son âne vénéré – a pris la décision sage autant que courageuse de ne plus nourrir les enfants de chôm…
- Maîtresse !!!
- Oh, excusez-moi, mes chers petits! La colère et l’indignation ont bien failli me faire lâcher à mon tour ce mot obscène !
Bien sûr que cette modeste scénette de la vie scolaire est un nouveau pur délire de ma part et que toute ressemblance avec des personnages ou des situations existants ou ayant existé….
Bien sûr qu’il reste les weekends pour permettre aux parents de partager avec leurs rejetons les joies de la vie de famille tout en les « initiant à la loi humaine qui permet de vivre en société ». Par exemple leur apprendre à remplir un chariot à Tcharfour, de le pousser de rayon en rayon sans faire exprès de heurter ceux des autres avant de poireauter aux caisses pendant une demi-plombe sans réclamer le paquet de bonbecs disposé en évidence sur la gondole de la dernière chance. De retour à la maison les mamans peuvent même instruire leurs fillettes dans l’art de la lessive ou de l’aspirateur hebdomadaire. Les enfants des familles les moins encrisées auront quant à eux le bonheur indicible de se taper quelques centaines de bornes en voiture, retour le dimanche dans la nuit pour profiter au mieux de l’indispensable résidence secondaire qui prouve que papa n’est pas un loser mais un grand guerrier dont l’absence pendant la semaine ne fut point vaine. Aux loupiots des classes un peu plus moyennes que les autres il restera la contemplation incrédule des « magnifiques » invités d’un Michou Truqueur en voie momification avancée avant de profiter de l’endormissement justifié des fauteurs de leurs jours pour s’éclater sur leurs consoles vidéo entre deux peaufinages de leurs « profils facebook ».
Encore plus sûr qu’il n’y a point de honte à être chômeur et que jamais, au grand jamais un enseignant n’a menacé un élève imperméable aux finesses de la preuve par neuf de voir un jour son nom grossir les listes des « assistés » de Pôle Emploi !
D’ailleurs, lorsqu’un éducateur laïc et obligatoire, par définition soucieux du développement harmonieux de la personne physique et morale en devenir que constitue son élève, quel métier il voudrait faire plus tard, il ne lui parle pas d’ « emploi » et, encore moins de compte en banque !
C’est donc un bien grand mystère si, plus il avance en âge, c’est-à-dire plus profondément l’éducation préhistorique moderne aura imprégné la « substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image » de son être et moins la réponse du questionné dépendra du métier en lui-même, de son adéquation à sa personnalité et à ses désirs, que de la quantité d’argent qu’il peut lui rapporter.
Toutefois, au cas totalement improbable où le mystère n’aurait point sa part dans tout cela, devrions-nous en conclure que le clivage éducation laïque / éducation religieuse qui continue d’alimenter les débats politico-mondains disparaît comme par enchantement dès qu’il s’agit de pognon ?
Et, insensés que nous sommes, conclure de cette conclusion que l’éducation « laïque »(3) est un leurre derrière lequel les principes fondamentaux de la culture abrahamique – domination/culpabilité – sont plus que jamais à l’œuvre ?
Un pur délire vous dis-je.
(1) statistiques 2011
(2) pédiatre radiotélévisuel en vogue, experte en enfonçage de portes ouvertes.
(3) « L’adjectif « laïque », dans son acception moderne, est dérivé du vocabulaire théologique : l’Église catholique distingue en effet parmi les chrétiens les laïcs, qui constituent la grande majorité des fidèles, et les clercs (évêques, prêtres, diacres), ministres ordonnés. Le mot « laïc » est toujours couramment utilisé dans l’Eglise, notamment par le concile Vatican II. » (Wikipédia)
(à suivre: Moïse, ministre de l’EN (5ème partie))