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Le baroudeur

Vous savez quoi les Juchréman(e)s ? Plutôt que vous gaver avec qui qu’a dit quoi des éructations autosatisfaites de l’autre malade mental et sa « personnalité alcoolique » (dixit sa conseillère Suzie Wiles) après son dernier sauvetage du monde libre dans ses rêves (et nos cauchemars), j’ai pensé vous faire passer un meilleur dimanche en compagnie de ce bon vieux baroudeur d’Endymion Calmann-Lévy ! Ecoutons le nous narrer sa visite mouvementée du site archéologique de Beinan ! Dar  !

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– Bon où j’en étais ? Ah oui, BRGTR hors service, je m’étais rabattu sur le bar de l’hôtel. Me voyant me morfondre tout seul devant mon vermouth cassis, le barman me demande à tout hasard si je serais pas branché vieilles pierres. « Drôle de question », je lui réponds, « parce que quand j’étais petit— j’ai été élevé par mes grands-parents— je demandais tout le temps à mon grand-père de me repasser un vieux nanar du temps jadis sur son home cinéma pourave. Rien que le titre m’éclatait de fou. « Les Aventuriers de l’Arche Perdue » ! Toute une époque ! « En ce cas » qu’il me fait, le loufiat, « pourquoi n’iriez-vous pas visiter le site archéologique de Beinan ? La municipalité investit une fortune dans son entretien et personne n’y va jamais. Pourtant les monolithes valent le détour ! Ces grosses pierres taillées, posées au milieu de nulle part… Dont certaines sont percées ! Les spécialistes s’interrogent toujours sur leur signification… Même chose pour les innombrables traces de sépultures ! Mais non, les touristes préfèrent aller faire trempette dans les micro billes en plastique cancérigènes de la marina et se faire sécher sur le sable radioactif… Le prenez pas pour vous mais si le client est roi, roi des quoi, ça reste à définir ! », qu’il ironise, le plaisant…

Comprenant qu’Endymion est parti pour la version longue je me cale mieux contre mes oreillers. Après tout, me farcir ses mémoires de guerre ou me planter dans mon comptage de moutons en l’écoutant ronfler…

– Je vais te dire, fiston. Pour ce qui est du pragmatisme, les Chinois – cocos ou républicains – ont des leçons à nous donner. La philosophie du « faire avec », tu connais ? Genre « S’il n’y avait pas de montagnes, les plaines n’apparaîtraient pas ». BRGTR avait ses ours ? J’en profiterais pour tripper « Indiana Jones » ! » L’ex baroudeur fait mine de cogiter une seconde.

« …Ou « Han Solo » plutôt ! Cherche pas à comprendre, c’est dans un autre film qu’il avait dans sa collec, mon gramp’. Je me souviens plus du titre. Ça se passait dans l’espace… Bref le barman avait raison, y avait pas un chat sur son site archéologique. Je me baladais seulabre dans les allées, entre les restes de tombes…  D’après les pancartes elles remontaient à entre 5000 et 2000 ans avant notre ère…. Ceux qui les avaient creusées avaient ensuite disparu sans laisser d’adresse. À en croire les spécialistes, il n’existait aucune preuve de leur filiation avec les tribus aborigènes de Taiwan, comme les Amis, les Paiwan ou les Puyuma… BRGTR était d’ascendance puyuma. À tous les coups ça l’aurait intéressée de visiter le site. Elle était pas que con BRGTR, tu sais ? Pour une Taiwanaise, je veux dire. Bref je venais d’apercevoir une sorte de gros menhir troué, sûr qu’il avait une drôle de dégaine ! Je faisais route dans sa direction quand un sifflement suraigu m’avait vrillé les tympans ! » Le vétéran se couvre les oreilles. Il revit l’action. « J’ai cru à un putain de missile qui nous arrivait dessus ! Bordel, les cocos avaient déjà remis le couvert ! Tous aux abris ! Je calcule un trou assez profond pas loin. Une tombe qui tombait à pic comme qui dirait, haha ! Je plonge dedans. Recroquevillé, la tête entre les genoux, je me prépare à l’impact … » L’adjudant est un conteur né. Au terme d’un suspense insoutenable le voici qui décolle les mains, l’air surpris. « …Que dalle ! Au bout d’un moment, je me risque à sortir le nez de la crotte de chien… C’était ça que ça sentait drôle pour une sépulture, même tri millénaire…

M’ayant entendu bâiller, il passe à la vitesse supérieure. « Je me redresse, centimètre après centimètre, jusqu’à pouvoir me faire une idée de ce qui se trame en surface. Et qu’est-ce que je vois en fait de missile ? Une soucoupe volante !  La vie de ma belle-sœur, UNE SOUCOUPE VOLANTE !!! Sortie de nulle part, là sous mes yeux, au beau milieu du site archéologique ! Un OVNI, comme disait pépère Calmann. Il en avait plein un gros classeur, des photos d’OVNIs. Découpées dans les journaux avec les lieux d’apparition, les dates et le toutim… Ils me faisaient penser aux œufs au plat de ma grand-mère, ses « objets volants non identifiés » ! Elle les laissait toujours cuire trop longtemps ses œufs au plat, mémère Calmann. Alors pépère il gueulait. « Ça des œufs au plat ? C’est quoi comme marque de poule ???  » Endymion secoue la tête, en proie à la nostalgie de l’enfance. Ça dure pas : « Un OVNI, bordel de dieu !!! Un OVNI en lévitation à ça du sol. Le sifflement décroit progressivement alors qu’une rampe télescopique émerge de la carlingue. Et trente secondes plus tard, qu’est-ce que je vois dévaler la rampe ? Qui s’étirant, qui bousculant son voisin, dans un mélange de couinements et d’éructations entrecoupés de borborygmes… UNE BANDE DE NAINS !!! TOUT VERTS !!! Avec des têtes énormes !!! Je pense d’abord à un commando communiste. Sauf que les cocos, ils sont souvent minuscules, c’est une affaire entendue, mais pas hydrocéphales ! Pas plus que la moyenne des Chinois, je veux dire. Et question couleur, ils sont plus souvent jaunes que verts!!! » Endymion se caresse le menton d’une main dubitative. « …Il y avait aussi ces espèces de flûtes de Pan avec lesquels les nouveaux arrivants commençaient à mitrailler les monolithes sous tous les angles… J’avais pensé un moment à des touristes japonais… Mais les touristes japonais, ils sont pas verts non plus ! À part ceux qui crèchent trop près des réacteurs nucléaires fissurés de Fukushima III. Mais si c’était des riverains de Fukushima III, dans le tas il aurait dû aussi y avoir, je sais pas moi, des pieds-bots… Des manchots… Truffés de kystes, de fistules, d’exostoses cartilagineuses… » Vigoureux secouage de teutê. « Non, fils ! Y avait pas à tortiller. J’étais bel et bien en présence d’EXTRA TERRESTRES !!! Des « estraterresques » comme disait mémère Calmann, quand  elle rameutait mon grand-père, là-haut dans le grenier, encore en train de classer ses photos. « T’arrêtes un peu avec tes estraterresques, oui ? La soupe va être froide ! »…

Endymion récupère comme il peut d’une nouvelle quinte. « …Tu dois penser qu’à mon âge, faut plus toucher aux alcools forts, hein petit ? Que la vodka de ta copine est en train d’agir à retardement sur mon cerveau ramollo ?

– Ben… En fait…

– Comment t’en vouloir ? Surtout quand je t’aurai dit qu’un peu à l’écart du groupe de furieux qui continuent à mitrailler à tout va, voilà que je repère deux extras qui sortent du lot. Ils en ont rien à battre des menhirs gruyères. Ils sont clairement dans autre chose. Ils se tiennent debout l’un en face de l’autre, chacun une main planquée dans le dos. Périodiquement ils la ramènent devant eux. Et à chaque fois il y en a un des deux qui biche et l’autre qui… Coff.. Coff… Tire la gueule… Coff… Coff..

J’attends que la quinte passe. C’est marrant mais plus il s’enfonce dans son délire, l’adjudant-chef, moins je pourrais jurer que c’est  rien d’autre qu’un délire.

– …Et d’un coup voilà que ça me revient ! Môme, y avait un jeu populaire dans la cour de récré, quand on avait notre dose d’Hyper Mario XIX, Donkey Kong ou Sick my Duck, toutes ces nazeries de jeux vidéo qui nous explosaient les yeux… Un jeu sans écran qui se jouait à deux. Pareil comme les deux extras, là, on planquait une main derrière notre dos et au signal, on la sortait pour la comparer à celle de l’adversaire. « Pierre » c’était le poing serré, « feuille » la main à plat et « ciseaux » on écartait les doigts en forme de ciseaux… La feuille couvrait la pierre, les ciseaux coupaient la feuille mais s’ébréchaient sur la pierre… » Endymion me prend à témoin : « Non mais t’imagines ? Une soucoupe volante m’atterrit sous le nez, lâche une cargaison de petits pois hydrocéphales excités comme des puces et maintenant vas-y que j’en repère deux à fond dans une partie de chifoumi !

– De what ? », je faux-culte sans vergogne. Là encore Endymion a pas à savoir que je jouais à « Pierre, feuille, ciseaux » un siècle et demi avant sa naissance !

– De chifoumi. Because, au lieu de « 1-2-3 » comme dans les autres jeux, on disait « Chi –Fou – Mi » et hop on se montrait nos pognes. Bon mais d’un seul coup t’as l’OVNI qui se remet à siffler, sur l’air de « faites chauffer les turbines, paré à décoller ». Direct t’as l’équipe de photographes qui remballent… Laissant sur place les deux chifoumeurs qu’arrivent pas à s’arracher à leur partie. Faut dire, ça prend bien la tête le chifoumi quand t’es dedans ! Faudra qu’on s’en fasse un, un jour !

Endymion se remet à conjuguer au futur. C’est bon signe.

– Et comment. Ça a l’air cool.

–…Le sifflement se fait plus strident. Ça sent son décollage imminent. Je me dis que mes flambeurs vont louper le départ ! Comme dans «  E.T »… (Coff coff)… Ah « E.T. » ! Il l’avait aussi celui-là, pépère Calmann-Lévy ! Je me souviens j’avais flippé la première fois qu’on l’avait visionné ensemble. Le moment où les mecs fouillent les buissons sous lesquels E.T s’est planqué, quand t’es môme ça fout les boules ! Heureusement ça finissait bien… Ça me gave les films qui finissent mal. Comme si on allait au cinéma pour voir des histoires qui racontent la vraie vie… Pareil pour les bouquins… Je vais t’étonner mais quand j’étais gamin, je lisais tout ce qui me tombait sous la main… Pendant que mes vieux s’abrutissaient avec leurs séries à la con, moi je m’éclatais sur une vieille tablette récupérée dans une brocante…

– Endymion, j’ai sommeil.

– Attends, on est presqu’à la fin. D’ailleurs mes flambeurs aussi, ils avaient fini par arrêter de jouer ! C’est là qu’un d’entre eux – le perdant ? – tend un truc – l’enjeu de la partie ? – à l’autre avant qu’ils se mettent à courir tous les deux. Faut dire que la rampe commence à se rétracter. Les deux retardataires speedent comme des malades. Arrivé au pied de la soucoupe, y en a un, celui qui a récupéré le truc dont je te parle, qui trébuche sur une pierre et s’étale. Il a juste le temps de se relever et d’agripper le bas de la rampe. J’aperçois ses mollets qui s’agitent dans tous les sens comme deux branches d’épinards frais cueillis, avant de disparaître à l’intérieur de la soucoupe ! Qui disparaît à son tour ! Genre le Millenium quand Han Solo bascule en hyper espace… C’est pour ça que je te parlais de Han Solo tout à l’heure…

Je sais plus quoi penser. Sans minimiser les capacités créatrices d’un sous-off en retraite, un scénario pareil, à moins d’avoir méfu la moquette et les double-rideaux…

– J’ai attendu un bon moment avant de sortir, des fois qu’au bout du compte y ait quand même eu du communiste là-dessous. Avec ces fils de pute faut jamais baisser la garde avant d’être sûr de chez sûr ! Mais ça puait vraiment trop la merde de clebs au fond de la tombe. J’ai fini par me risquer à découvert. Tout était calme. Tellement calme que j’ai commencé à douter. J’ai marché jusqu’à l’endroit où  j’avais vu la soucoupe larguer sa portée de scaroles, à la recherche de traces éventuelles… Rin de rin !!! Pas la moindre touffe d’herbe cramée comme on voit sur « Aux confins de nulle part » ou « Incroyable et pour cause »…

Pris en flagrant délit de misère médiatique, Endymion s’en sort comme il peut.

– …Quand y a rien d’autre à la télé, j’ai honte mais oui il m’arrive de me rabattre sur ces navets. Tant que ça chante pas ! …Si on peut appeler ça chanter ! Ma parole, de nos jours, les chanteurs, ils feraient mieux de péter, question mélodie !

Devinant que cette fois je vais décrocher pour de bon il met le turbo. « … Je commençais à pencher pour l’hypothèse de l’hallucination. C’est vrai quoi, avec tout ce qu’on est amené à vivre dans l’armée de métier, comment échapper au stress post-traumatique et ses effets secondaires à vie ? …QUAND LÀ, PAR TERRE… Pile à l’endroit où l’extra s’était vautré…

Il me lance un regard par en-dessous. « À tous les coups tu vas m’objecter que l’espèce de languette en plastoque qui traînait dans la poussière n’avait peut-être aucun rapport avec ce que je venais de vivre ! En admettant que j’aie vécu quoi que ce soit ailleurs que dans mon imagination… Ce doute m’a moi-même rongé pendant plus d’un demi-siècle…

L’adjudant-chef Calmann-Lévy ferme les yeux. Son récit l’a épuisé on dirait. C’est pas dommage, on va pouvoir pioncer maintenant.

– Jusqu’à mon déménagement.

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