30. Moïse, ministre de l’éducation nationale (suite et fin)
« Franchement, on est un grand pays moderne.»
N. Sarkozy (1)
Comme dirait notre leader bien-aimé, longue vie à lui et à Talbin, son âne, « les mots ont un sens » (1). « Autonomie », par exemple. Du grec autos (« soi-même »)et nomos (« règle ») l’autonomie est « la faculté d’agir par soi-même en se donnant ses propres règles de conduite, sa propre loi ».
A en croire le dictionnaire des synonymes selon lequel « autonomie » équivaut à « liberté », force est d’admettre qu’entre l’an 1949 de notre ère, date à laquelle fut créée la RATP ( Régie AUTONOME des Transports Parisiens) afin de transférer au domaine public la propriété et la gestion de « l’ensemble des moyens de transport souterrains et de surface de Paris et de sa banlieue » qui, jusqu’alors, étaient du ressort d’entreprises privées, la « liberté » a bel et bien changé de camp.
En effet qu’est-ce que – pardon, amis causeurs dans le poste, je voulais dire « c’est quoi »- cette « loi d’autonomie des universités » dont le gouvernement nous rebat les oreilles, y voyant là une des plus grandes réussites de son quinquennat (sic) …sinon le contraire exact de celle qui avait engendré la RATP ? Savoir : la pure et simple privatisation des facs en dotant chacune d’entre elles d’un conseil d’administration au sein duquel les capitaux privés – au moins en cela peut-on leur faire confiance – ne se contenteront pas longtemps des 30% décisionnaires pour l’instant à eux octroyés.
Autres temps, autres mœurs ! Exit les principes républicains qui faisaient de l’Etat le garant de la liberté des citoyens. Aujourd’hui, pour être enfin « autonomes », l’enseignement supérieur ET la recherche doivent se soumettre aux besoins d’entreprises souvent multinationales uniquement guidées par le profit. Est ici administrée la dernière piqûre de rappel d’une éducation entièrement vouée à la domination des uns par l’argent des autres. Voici que, sous les coups dévastateurs d’une embrouille lexicale qui n’est pas sans rappeler l’usage dévoyé du mot « libéralisme », tombe un des derniers bastions de nos chances d’évolution, sinon de notre survie tout court.
« L’autonomie n’est pas une fin en soi, c’est un moyen de refonder l’université française autour de trois maîtres mots : la réussite, pour les étudiants ; l’excellence, pour les enseignants-chercheurs ; l’innovation, pour la société française dans son ensemble.« (2)
Trois « maîtres mots » ou trois « traîtres mots, sommes-nous, hélas, en droit de nous demander après le coup de l’ « autonomie ».
- Concernant un étudiant, qu’est-ce que (en patois ministériel : « c’est quoi ») la « réussite » ?
A cette question, Socrate nous répondrait que, quelle que soit la matière choisie, à travers elle la finalité de toute étude est la connaissance de soi et des autres. Avancer dans cette connaissance, c’est faire progresser l’homo sapiens-sapiens vers son humanité. Pour un étudiant, le moindre centimètre gagné dans cette direction est, de ce fait, une réussite en soi. Pourtant j’ai bien peur que, dans l’esprit de Mme la Ministre comme dans celui de toute créature préhistorique moderne nourrie au lait abrahamique de la domination par l’argent, il s’agisse de toute autre chose. Quelque chose de laquelle une gestion mercantile du savoir avec, à la clé, la (soi-disant) certitude de se voir offrir une place au soleil sur la plage des pingouins titulaires d’Audi A4, 5, 6, 7 ou8 selon la taille de la cravate, nous rapprocherait au fil des diplômes obtenus…
- Passons à « l’excellence » promise aux enseignants-chercheurs: si le Larousse définit l’excellence comme un « degré éminent de qualité, de valeur de quelqu’un, de quelque chose dans son genre », l’excellent Pascal Maillard(3) nous propose une approche quelque peu différente de ce terme lorsque cuisiné à la sauce « moderne » de bien aimé notre leader, longue vie à lui et à Talbin, son âne :
« L’excellence, avant d’être un projet politique pensé par et pour le service public, conçu dans l’intérêt général, est l’idéologie d’un capitalisme financier et de ce nouveau libéralisme autoritaire qu’incarne Nicolas Sarkozy… L’excellence est le mot par lequel il privatise en ce moment même la science française avant d’opérer demain la privatisation de la Sécurité Sociale. Le président ne défend pas, n’a jamais défendu, l’intérêt général. Il défend des intérêts strictement économiques, et plus précisément les intérêts d’un secteur privé essentiellement limité aux grands groupes industriels et financiers. Le sujet est effectivement, comme il le dit lui même, «considérable». Les profits des entreprises et des actionnaires ne le seront pas moins.»
Comme quoi Socrate n’avait, une fois de plus, rien compris aux choses de la vie. Ah ! Si seulement on avait laissé notre bien aimé leader traduire lui-même du grec ancien la pensée confuse de ce vieux bavard, on en serait pas à rouler des yeux incrédules devant des inepties du genre :
« Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres »(5)
- Last but not least, « l‘innovation, pour la société française dans son ensemble ». Petit Larousse, voudrais-tu bien nous éclairer une fois encore ?
Innovation : « Processus d’influence qui conduit au changement social et dont l’effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles. »
Rien que ça! Et pourquoi tant de haine des normes sociales existantes, Nicocacolas?
« Nous n’avons pas en France cette culture qui fait que pour un chef d’entreprise américain ou allemand, la recherche est une source de création de richesse et de croissance. »(6)
D’aaaaccord, mec! La loi sur l’autonomie des universités est « innovante » dans la mesure où, grâce à elle, l’universitaire nouveau va enfin pouvoir se défaire de son rôle d’éternel boulet de l’économie française, de chômeur par nature accroché aux basques de citoyens responsables qui, eux, ne passent pas leur temps à se poser des questions stériles sur d’où ils viennent, qui ils sont et, encore plus con, où ils vont. L’universitaire nouveau, il va arrêter de penser à des trucs qui font mal à la tête et se mettre bien gentiment au charbon.
En résumé, l’universitaire nouveau, il va aider son pays à fabriquer plus de cochonneries qui pourrissent la planète, plus de médicaments qui rendent malades, plus d’armes qui tuent plus de monde à la fois, en gros plus de n’importe quoi à condition que ça se vende.
Ou bien faudra-t-il qu’on lui essplique encore une fois c’est comment qu’il a fini, Socrate ?
(1) N. Sarkosy, leader penta quinquennal, Discours à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation, Palais de l’Élysée — Jeudi 22 janvier 2009
(2)N. Sarkozy, éminent linguiste, lors de sa visite de l’usine Plastic Omnium, à Sainte-Julie dans l’Ain, fév 2009.
(3) Pascal Maillard, 17 Février 2011, source Médiapart
(4)Valérie Pécresse, discours devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (15 juillet 2009).
(5) Critique of Socrates: The Great Philospher , Viram, traduction de Carolune.
(6) cf (1)
(à suivre : Moïse passe la main )