L’ami du petit-déjeuner

Salut les Jujus !

À un moment sur fyr, y avait une Arcade Room avec plein de jeux super cools, concoctés et mis en ligne par l’immense DJMat (n’oubliez pas d’aller flamber deux minutes sur Solfège Pirate) et aussi une Boîte-à-lettres et on pouvait laisser des coms sous les articles, toussa. Mais vu qu’à un autre moment, de vilains pourris de hackers de merde se sont mis à nous cribler d’attaques vicieuses, Dr Wu a décidé de murer le moindre interstice par lequel ces malfaisants eussent pu recommencer à nous nuire. Résultat, pour les jeux et les coms, à priori c’est râpé mais, comme indiqué dans la rubrique KiKeKoi, les cèlzéceux qui  voudraient continuer à niquer nos mères, nos sœurs, nos grand-mères, nous faire manger nos morts et compagnie, sont priés de noter l’adresse suivante : franckyvonrichard@gmail.com. Une condition pour s’exprimer (et recevoir, en retour, l’expression de nos sentiments distingués), ils/elles leur faut émettre eux-mêmes depuis une adresse mail, bidonnée ou pas. Bon à ce jour, ce sont plutôt des gentillesses, des suggestions (les Actu-Textes par ex, merci Constance) voire des compliments qui nous parviennent mais s’il pouvait se glisser une promesse de don de temps à autre (après tout on est un genre de téléthon des victimes du juchrémanisme), on en refilerait pas forcément l’intégralité aux œuvres de la police…

Mais passons à l’essentiel si vous voulez bien. L’heure est venue d’un extrait de « Bienvenue à Port-Léon ! », « le polar du siècle » (~Les Books Émissaires~)

Attablé à son breakfast de champion, ce brave fils à papa psychopathe d’Enguerrand essaie de récupérer d’une nuit agitée…

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Les autres pouvaient toujours se foutre de sa gueule. Au petit-déj, Enguerrand se faisait son bol de Nesquik et merde. Dans sa prime enfance solitaire et inventive, il avait mis au point une technique imparable qui lui permettait d’absorber les premières gorgées du nectar sans sortir les mains de sa robe de chambre. Afin de lui imprimer l’inclinaison nécessaire à sa dégustation, de sa bouche entrouverte il pressait doucement le rebord du bol.

— Wayne m’a dit que Norbert avait appelé ? »

À son habitude détestable, Paul-Henri était entré dans la cuisine façon commando furtif. Enguerrand déconcentré faillit s’ébouillanter les genoux. Il s’étonna lui-même de garder son zen. Il avait fait des progrès ! Quelques années auparavant —il devait avoir dans les quinze ans— un amant de sa mère l’avisant dans cette position avait trouvé désopilant de lui appuyer sur la tête. Enguerrand s’était mis très en colère. Les dents du couteau à pain étaient à quelques millimètres de la carotide du mauvais plaisant quand sa mère, attirée par les cris, était accourue, évitant de justesse une tragédie domestique. Il essuya d’un revers de main la coulée de Nesquik dans les poils de sa barbichette, concession à la mode qui lui démangeait la couenne plus souvent qu’elle l’aidait à pécho. « Mmvvouais. Il t’a expliqué pourquoi ?

— Il a essayé mais tu connais Wayne. Il a du mal à fumer son crack et à parler en même temps.

— En fait une nana s’est pointée au bowling avec un badge. Norbert lui a demandé le nom de son garant —une nouveauté de la direction qui craint plus que jamais une descente de flics. La fille a déclaré, accroche toi, qu’elle venait de la part d’un certain… Un certain… » Enguerrand reposa son bol en essayant d’éviter la flaque et articula, détachant bien les syllabes : « Ni – co – las   Au – tier.

Paul-Henri ne lui donna pas la satisfaction de sauter au plafond mais à sa façon de se gratter pensivement l’entrejambes pendant que l’info gagnait les tréfonds de son entendement brumeux, Enguerrand comprit qu’il avait fait mouche. « Attends, c’est pas fini. D’après la meuf, Autier lui aurait refilé le badge tu sais quand ? Hi – er  soir ! ! !

— Son fantôme, donc ! Et comment il a réagi, Norbert ?

— Comme un obersturmbannführer. Raide dans ses bottes il a bipé José. Sauf qu’ à peine José a eu décarré avec la fille direction la salle de jeu, il a sauté sur son téléphone pour nous prévenir…

Si Enguerrand comparait souvent le barman du « Strike » à un de ces hauts gradés nazis qui faisaient la pluie et le mauvais temps dans les rangs de la Waffen-SS pendant la seconde guerre mondiale, c’est que Norbert et lui s’étaient connus sur « VKontakte», un réseau social qui émettait depuis la Sainte Russie. VKontakte attirait tout ce que l’Europe comptait de suprématistes blancs et autres nervis nostalgiques du bon vieux temps de la solution finale et des camps de la mort. Les commentaires violemment racistes et pousse-au-crime d’un certain « Dolfus » avaient bien plu à Enguerrand. S’en était suivi un échange fourni de « messages personnels » au fil desquels des liens indéfectibles s’étaient noués entre eux. Il n’avait pas fallu longtemps avant que Dolfus, Norbert dans le civil, mentionne à Enguerrand son statut de barman-entremetteur au « Strike ». Ça tombait super bien :  Paul-Henri et lui étaient fans de poker !

— Qu’est-ce qu’on fait ?

— On commence par se bourrer une petite pipe, histoire de s’éclaircir les idées.

Bienvenue à Port-Léon ! , Chap 55

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