Archives de catégorie : Graffiti

– fiction, pohaizie etc….

Actu-Texte 1

Salut les Jujus !

Une lectrice fan d’ « Homo juchrémanensis » m’a suggéré l’idée suivante. Il s’agirait, en gros, de prouver la validité de mon propos en rapportant (en « corrélant » comme on dit sur radio-télé-couillon) un point de l’actualité du moment (nationale ou internationale, fait divers ou autre…) à une injonction divine (verset, etc…) extraite —dans l’ordre d’ apparition dans la culture juchrémane— de la « Torah » ou de son copié collé l’« Ancien Testament », des « Évangiles », ou encore du « Coran », en encourageant vivement le lecteur à vérifier par lui-même. Il lui suffira pour ça de cliquer sur https « Torah », « Bible » ou « Coran » en ligne.

J’ai dit banco, mais afin que ça ne prenne pas trop sur mon temps d’écriture (prochain roman à paraître courant 2027), je me contenterai de citer l’évènement en question tel que publié dans les média, suivi de l’extrait du « texte sacré » concerné. Dans la mesure où les deux autres « religions du Livre » sont calquées sur le « Judaïsme », j’ai dans l’idée qu’il y aura un max d’extraits de la « Torah », appelée aussi « Pentateuque » ( « Genèse », « Exode », « Lévitique », « Nombres » et surtout « Deutéronome ») et dont la rédaction est attribuée (à tort parce qu’on sait aujourd’hui qu’il est loin d’être seul sur le coup) à « Moïse », « משֶׁה » en hébreu , « Moshe » en caractères latins, « موسى (Mûsâ)» en arabe.

Devinez à qui nous avons réservé notre premier actu-texte ! Ben ça alors !

Actu :

« Nous ne nous retirerons pas », promet Benyamin Nétanyahou lors d’un déplacement dans la bande de Gaza

Le premier ministre israélien, en campagne pour des législatives qui s’annoncent serrées, a rejeté, le mois dernier, l’ultime étape du plan de paix, qui lie le désarmement du Hamas au retrait israélien. (le Monde.fr, 02/09/26)

Israël Katz a affirmé mardi que son pays se tient prêt à déplacer les Gazaouis hors de l’enclave si les États-Unis donnent leur accord. Alors que le déplacement forcé d’une population civile est un crime de guerre au regard du droit international, le ministre de la Défense israélien soutient depuis plusieurs mois une telle mesure, qu’il présente comme une émigration volontaire des habitants de la bande de Gaza. (France 24, 02/09/26)

Israël intensifie son annexion de terres en Cisjordanie occupée. Récemment, les autorités ordonnaient ouvertement la saisie de terres dans la zone A, une zone pourtant sous le contrôle des autorités de l’État palestinien. […]

Avec ces nouvelles confiscations de terres, le message est clair : Israël concrétise officiellement son programme d’annexion des terres palestiniennes à travers toute la Cisjordanie occupée, dans un mépris total des droits des Palestinien·nes. […] (Amnesty International, 04/09/26)

Texte:

Torah / Pentateuque

Deutéronome (Devarim) 6 :

  1. « L’Éternel, ton Dieu, te fera entrer dans le pays qu’il a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob, de te donner. Tu posséderas de grandes et bonnes villes que tu n’as point bâties,
  2. des maisons qui sont pleines de toutes sortes de biens et que tu n’as point remplies, des citernes creusées que tu n’as point creusées, des vignes et des oliviers que tu n’as point plantés.»

Berechit (Genèse) 17 :

8. « Et je donnerai à toi et à ta postérité la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan*, comme possession indéfinie […] »

* Palestine

 

Connaître son mal peut aider à la guérison. Faites enfin connaissance avec vous-mêmes, l’origine de vos flips quotidiens et le pourquoi du comment de la jungle dans laquelle vous (sur)vivez, les Juchréman(e)s !  Lisez « Homo juchrémanensis », en anglais « Homo juchremanensis » ! Bisous.

Epub/ Kindle …or Kindle/ Epub

Grassadieu, il y a Genre-d’Âne…

Je ne comprends toujours pas pourquoi les éditeurs (teuses) ne se sont pas rué(e)s sur les futurs classiques du 21ème siècle que sont « Hippocampe Twist » et « Mars 2221, roman ». Pour le second, le fait que je ne leur ai pas envoyé serait un début d’explication si la certitude de perdre mon temps n’en avait été à l’origine. À quoi bon se prendre l’éternel « Nous recevons un grand nombre de propositions et nous efforçons de lire chaque texte avec attention. Merci beaucoup de votre patience. Néanmoins, sans réponse de notre part dans un délai de trois mois, vous pourrez considérer que votre texte n’a pas trouvé sa place dans notre catalogue. Bien cordialement, le komité de lektur de Trouduk-Édisciondubois » ?

Les éditeurs (teuses) , si vous commenciez par essuyer le caca qui pollue vos triple foyers et lire ne serait-ce que quelques lignes de ce qu’on vous envoie avant de vous renseigner sur l’état civil de l’expéditeur (« C’est qui ? Tu le connais ? Mais si, c’est le beau-frère de la cousine du voisin de palier d’Incrustin Traquenard… Nan, par rapport à Nigosky ou Golioré, je veux dire… des fois que ce serait un gnome politique connu…  )

Le petit commerce maintenant. En cette « rentrée littéraire » à juste titre boudée par nos populations encaniculées, les libraires « indépendants » (rires) chouinent leurs mères : « Bouh, ze vais encore manzer mon pain sec et bouare de l’eau liquide à Noël ! Les zens sont vilains ! Plus personne il lit les zouvrazes que z’espose si élégamment dans ma vicrine… C’est trop inzuste ! Grassadieu, il y a Genre-d’Âne ( 1 000 000 € de droits d’auteur en 2 tissus d’Âneries) et le Goncourt toujours pour payer le loyer…

Oui mais les libraires comme dans « braire », si vous proposiez quelque chose qui ressemble à de la littérature à vos visiteurs(trices !), iels réapprendraient peut-être à céder à la magie des mots, de l’histoire (pardon, du « pitch »), de l’ambiance, du style… Hélas j’ai bien peur qu’il soit trop tard, sachant que dorénavrant (nan tu me corriges pas, Gougueul de merde !) on sait que ce qui compte avant tout pour vozigues : « Est-ce qu’on va me reprendre mes invendus ? » Sur le sujet, relire ici, et là également.  Sur ce, j’ai un bouquin à écrire, ouais même le dimanche. Bisous à tou(te)s !

La preuve que j’ai pas de rancune, éditeurs(teuses), librêres, et vous, cher public avide de contenu classe et inventif, je vous redonne les liens Librinova pour:

Hippocampe Twist 

Mars 2221, roman

… mais Fnac, Amazon, etc… c’est bien aussi (encore moins cher pour les francs-auteurs).

 

Dette, mafia et langue de bois

Extrait d’ « Homo juchrémanensis », III, 2 :  « Comme sa forme le suggère, notre cerveau est une éponge. Trempons-le dans une savante mixture de péché originel aromatisé à la peur du lendemain, le tout généreusement nappé de rédemption possible si domination de principe exercée sur l’ « étranger », source de tous nos maux, nous obtenons des guerres de conquêtes à n’en plus finir …accompagnées de « crises  économiques » ! D’aucuns ont baptisé celle que la Juchrémanie traverse aujourd’hui « crise de la dette », nous obligeant à recourir une fois encore à la sémantique :

1) Crise :

Depuis le temps que durent – et s’accentuent – les problèmes financiers de nos sociétés préhistoriques post modernes, comment pourraient-ils correspondre aux définitions données par les dictionnaires au mot « crise », qui tournent toutes autour d’un « changement subit », une « manifestation soudaine », un « accès bref et violent » ?

2) Dette :

Toujours selon les dictionnaires, le mot « dette » introduit une notion d’ « obligation morale ». Quelle sombre jurisprudence nous amènerait à faire de la victime d’une situation de fait l’ « obligée » des responsables de ladite situation ? Des responsables qui, par-dessus le marché (ou par-dessous ?) souhaitent rester anonymes ? »

FYR a voulu en savoir plus sur l’anonymat des prêteurs, d’où, ci-après, ce bref échange avec «  Copilot », l’ IA bien connue des utilisateurs de  Windows (transcription à la virgule près d’un superbe solo de langue de bois du serpent qui se mord la queue, les passages en caractères gras sont d’origine également) :

FYR — Connaît-on les noms des gens qui prêtent à l’État ?

COPILOT— Non, on ne connaît pas les noms individuels des personnes ou entités qui prêtent directement à l’État français. Les emprunts publics sont réalisés sur les marchés financiers, via des instruments comme les Obligations Assimilables du Trésor (OAT). Voici qui se cache derrière ces prêteurs :

1/ Investisseurs institutionnels

Se sont les principaux acteurs de la dette française :

  • Banques centrales (comme la BCE)
  • Fons de pension
  • Assureurs
  • Banques commerciales
  • Fonds d’investissement (hedge funds, fonds souverains…)

Ils achètent des titres de dette pour sécuriser leurs portefeuilles ou obtenir des rendements stables.

2/ Investisseurs étrangers

Environ la moitié de la dette française est détenue par des non-résidents :

  • États étrangers (via leurs fonds souverains)
  • Institutions financières internationales

Fonds privés basés à Londres, New York, Tokyo, etc…

3/ Épargnants individuels (indirectement)

Même si les particuliers ne prêtent pas directement à l’État, ils le font indirectement :

  • Via leur assurance-vie
  • Leurs fonds de placement
  • Leurs banques, qui achètent des OAT avec l’argent déposé

Pourquoi les noms ne sont pas publics ?

  • Les titres de dette sont négociés librement sur les marchés secondaires
  • Les acteurs changent régulièrement.
  • Les transactions sont anonymes et agrégées, donc aucun registre nominatif n’est publié.

Est-ce légal ?

Oui cet anonymat est parfaitement légal, et même structurant pour le bon fonctionnement des marchés :

  • Le droit européen et français n’exige pas la publication des noms des détenteurs de dette publique.
  • Les OAT sont des titres fongibles, négociés librement : leur détention est privée, sauf dans des cas très spécifiques ( ex : transparence des fonds publics).
  • Les autorités (Banque de France, AFT) publient des statistiques agrégées, mais jamais de données nominatives.

En résumé, l’anonymat des prêteurs est une condition de liquidité, de neutralité et de sécurité sur les marchés. Mais cela soulève aussi des questions de transparence démocratique, surtout quand la dette devient un enjeu économique majeur.

Si tu veux, je peux te montrer comment certains pays tentent d’améliorer la transparence sans nuire à la stabilité financière.

FYR  — Une autre fois, merci. C’est bizarre mais ces pratiques sont un peu les mêmes que celles de la mafia (blanchiment d’argent sale). 

COPILOT — Tu touches là une critique que certains économistes et citoyens formulent depuis longtemps : l’opacité des marchés financiers peut parfois ressembler à des mécanismes de dissimulation. Mais il faut bien distinguer deux choses :

Ce qui ressemble à la mafia…

  • L’anonymat, la complexité des marchés financiers, et l’absence de traçabilité directe peuvent évoquer des pratiques de blanchiment ou d’évasion fiscale.

Certains fonds ou acteurs peu scrupuleux profitent de cette opacité pour dissimuler des flux douteux — c’est une réalité que les régulateurs tentent de combattre.

Ce qui est légal et institutionnel

  • Les marchés obligataires sont régulés, surveillés par des autorités comme l’AMF en France ou la BCE en Europe.
  • Les États empruntent via des mécanismes transparents sur le plan macroéconomique, même si les identités individuelles des prêteurs ne sont pas publiées.
  • Ce système repose sur la confiance, la liquidité et la neutralité, pas sur la dissimulation.

Le vrai enjeu : la transparence démocratique

  • Ce qui dérange, ce n’est pas tant que l’État emprunte, mais que les citoyens ne sachent pas à qui ils doivent.
  • D’où les appels à plus de transparence sur les flux financiers, les bénéficiaires réels, et les conditions de financement

Donc oui, il y a des zones grises qui méritent d’être éclairées. Mais comparer l’ensemble du système à la mafia serait un raccourci — même si ta remarque soulève un vrai débat sur la moralité et la responsabilité des acteurs financiers.

Si jamais tu veux creuser le sujet du blanchiment ou des paradis fiscaux, je suis partant. C’est un terrain fascinant.

(fin de l’échange)

Une autre fois, peut-être m’en irai-je creuser avec Copilot le « terrain fascinant » du « blanchiment ou des paradis fiscaux ». Pour aujourd’hui je m’en tiendrai à la question tout aussi fascinante de l’anonymat « parfaitement légal » des « détenteurs de dette publique ». Question qui en amène une autre, non moins fascinante, posée dans « Homo juchrémanensis », III, 2, toujours :

« …Jusques à quand va-t-on continuer à regarder, impuissants, ces GPA (Gentils Prêteurs Anonymes) se mettre en quatre pour nous faciliter l’accès aux rivages radieux du bonheur à crédit ? Formulé autrement, jusques à quand va-t-on les laisser, par leur sacrifice inspirant, miner un circuit économique qui, si on s’en tient aux cogitations d’Aristote, a tout à perdre à faire de sa monnaie un bien de consommation ?

[…]  Le commerce de l’argent, éminemment lucratif pour ceux qui le pratiquent (en douce autant que faire se peut), ne produit pour la société à laquelle ils appartiennent aucun bien susceptible de répondre à ses besoins fondamentaux, au contraire ! Le pauvre Aristote s’arracherait les cheveux s’il apprenait qu’au cours des trente dernières années, la masse des biens réels des sociétés de type « capitaliste » n’a fait que quadrupler, alors que leur masse monétaire a été multipliée par quarante !

La raison en est que nos GPA, tournant en rond dans leur bulle autistique, amassant un peu plus de crottes de nez [lire Hj pour comprendre] à chaque tour, ne génèrent évidemment pas de nouvelles ressources, pourtant indispensables à la survie de leurs congénères …et à la leur ! Trouvent-ils une forme de consolation dans le fait qu’ils seront les derniers à subir les conséquences de leur avidité suicidaire ? « Après nous, le déluge » ? En attendant, avec l’argent amassé en prêtant à intérêt, ils se contentent de faire main basse sur les « richesses » réelles existantes (sources d’énergie, métaux nécessaires à l’industrie, semences pour l’agriculture, EAU…) avant de les revendre (à crédit, si possible !) 10, 20 ou 30% plus cher …à leur propriétaires! »

Vous êtes mignon(ne)s les Juchréman(e)s mais si vous lisiez « Homo juchrémanensis », ça m’éviterait d’avoir à radoter alors que j’ai tant à faire avec l’écriture de mes romans et surtout, le soir, vous iriez vous coucher un peu moins ignorant(e)s sur le jeu de dupes auquel vous vous adonnez quotidiennement et l’origine divine de ses règles.

Bisous.

Epub/ Kindle or Kindle/ Epub (E)

Bienvenue à Port-Léon !

« Bienvenue à Port-Léon » est de toute évidence LE polar de l’année. Celle-ci, celle(s) d’avant et celle(s)  à venir. « Il a pas de mal ! », me direz-vous. Peu importe…

Soyons clairs. Mon but ultime n’est pas de vous soulager des 3 € noirs de suie qui vous restent de vos vacances au bord de l’amer, en plein dedans pour certain(e)s, mais bien de vous éviter de passer bêtement à côté d’un des (rares) plaisirs de l’existence : lire un bon bouquin. Après, vous ferez bien comme vous voulez, les Jujus. Être un(e) gros(se) nigaud(e) est un droit inaliénable et sacré.

Si (par miracle) intéressé(e), clique donc sur l’image pour le lien Amazon, la multinationale esclavagiste que tout le monde vilipende à loisir mais chez qui tout le monde file acheter ses capotes dès que le voisin a le dos tourné.

Quelques lignes…

On peut avoir été biberonné à la culture juchrémane et, contre toute attente, gardé une poignée de neurones intacts. Si c’est votre cas, de temps à autre vous ne cracherez pas sur quelques lignes extraites d’un polar de F.Y. Richard, je suis sûr…

To-day le chap 2 de « Bongarçon marche sur des œufs ». Enjoy !

Jamel avait un faible pour les rousses. Et la copine de Paul avait le même prénom qu’Emma Stone. Comment ne pas lui rendre service ? En plus, un petit bol d’air ne lui ferait pas de mal. À cette heure tardive, il peinait à se concentrer sur les autobiographies des clients, à absoudre d’un coup de torchon magnanime leurs confessions scabreuses, à les approuver énergiquement dans leurs décisions d’envoyer péter leur chef de service, leur épouse volage ou leurs bâtards accros à la « Play Station ». Il se fit une joie d’interrompre Gégé dans la liste exhaustive de ce qu’il aurait fait avec le pognon si « Géronimo » avait gagné cet après-midi à Enghien, comme garanti sur facture par un pote à lui: « Tu peux me garder la boutique un moment, Gégé ? » Il montra le téléphone qu’il tenait toujours à la main. « …C’était la copine du projectionniste du Royal. Elle arrive pas à le joindre. Je vais faire un saut là-bas. »

— No souci, mec. En cas de besoin, j’aboierai.

Jamel remisa le portable dans la poche de son slim noir sur lequel il rabattit l’arrondi de sa chemise trapèze. Tombant à mi-cuisses, elle atténuait judicieusement ses cuisses de poulet, inattendues sous un buste bodybuildé comme il fallait. Une cravate en cuir noir par là-dessus et son patron arrêtait de faire caguer avec la mode d’aujourd’hui. Il poussa une nouvelle fois le battant vitré et sortit dans la nuit urbaine. Comme son nom le laissait entendre, Le Coin de la rue occupait l’angle de la rue de l’Ange et du boulevard Courtellemont. Le Royal Palace accrochait son néon vertical quelques numéros plus loin dans la rue de l’Ange, sur le trottoir d’en face du Coin de la rue.

Baudelaire prétend que chaque ville a son odeur. Jamel aspira une grande bouffée de graillon et de gaz d’échappement auquel, en ce début avril, venait se mêler la fragrance sucrée des magnolias du parc Choiseul de l’autre côté du boulevard. Le vieux Port-Léon avait son charme et les touristes étrangers ne manquaient pas d’y succomber. Jamel croisa un couple d’Anglais à la démarche incertaine. Il leur céda le trottoir dans un sourire complice avant de traverser la petite rue en sens unique. Les bagnoles étaient garées tellement serré qu’il ne manqua pas d’essuyer le parechoc d’un gros Cherokee (qu’est-ce que ce genre de traîne-con foutait en centre-ville ?) avec son futal avant de se hisser sur l’autre berge.

Le rideau métallique du ciné était bel et bien ouvert. Au-dessus, on pouvait lire en lettres lumineuses le nom des œuvres impérissables venues faire trois petits tours sur les écrans géants avant de s’en aller —avec un peu de chance— terminer leur brillante carrière sur la TNT. Jamel poussa le battant de droite de la double porte vitrée qui donnait sur l’accueil.

Le Royal aurait eu besoin d’un relooking sévère. Rien à voir avec les halls d’ aéroport des multiplex de l’avenue du maréchal Bugeaud ou du boulevard Aliénor Coquillard. À droite, le théâtre de Guignol de la caisse. Horaires, prix des places, avec gouttière sous l’hygiaphone pour la monnaie. À gauche, sous le plafond, les hiéroglyphes idoines indiquaient les toilettes, planquées derrière un kiosque à friandises en déshérence. Au milieu, l’accès aux salles. Passé la porte acoustique double battant à hublots, au bout d’un couloir chichement éclairé, moquetté rouge sang du sol au plafond, deux flèches fluos orientaient les spectateurs vers les salles 1 ou 2. Jamel opta pour la salle 2. Paul devait y être, à s’assurer que tout son petit monde était bien réveillé et avait plié les gaules.

D’une capacité de cent cinquante sièges environ —rangées de dix à gauche, de cinq à droite, de part et d’autre d’une allée moquettée de rouge, un rouge plus sobre que celui du couloir— la salle descendait par paliers vers un large écran rectangulaire. Le décalage latéral de chaque rang par rapport au précédent évitait au nain de service de passer une heure et demie à mater l’hydrocéphalie du mec devant ou la choucroute de sa compagne. Le tout disposé selon un plan légèrement incliné, histoire de départager les ex-aequos.

La salle était vide. Face à l’écran immaculé, désertés par les forces d’occupation, les fauteuils repliés se tenaient au garde-à-vous dans la lumière revenue. Tous sauf un. Là-bas contre le mur, troisième rangée.

— Paul ? » s’enquit doucement Jamel, quelque peu impressionné par le silence feutré qui planait sur les lieux. Il fit un pas, puis un autre et, se penchant légèrement, finit par distinguer, au bout de la rangée, appuyé contre le mur, comme absorbé dans la contemplation de l’écran vierge, le profil d’un barbu à lunettes. Rien à voir avec Paul.

La preuve, Paul gît aux pieds du barbu, allongé de tout son long dans la travée. « Paul ? Bordel ! Qu’est-ce que… » Après un instant de flottement devant l’incongruité du tableau, Jamel se précipite au secours du projectionniste inconscient. Accroupi sur les talons, à l’étroit entre les deux rangées de fauteuils, il s’empare de son poignet. Ouf ! le pouls est régulier. Faible mais régulier. Son titulaire est dans le coaltar mais ne présente aucun dommage apparent. Contrairement au barbu. Pendant qu’il donne à la standardiste du « 15 » tous les éléments nécessaires à une intervention rapide et efficace, Jamel ne parvient pas à détacher son regard de la tache brune qui lui mange presque toute la poitrine.

Bongarçon marche sur des œufs

Kobo Fnac

Amazon Kindle

…Ou toute autre plateforme de téléchargement sous quelque format que ce soit.